Comment le PSG s’attaque à ses propres supporters et à leur vie privée

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En 2010, sous l’impulsion du président Robin Leproux et avec l’appui des pouvoirs publics le PSG a entrepris une légitime opération d’assainissement dans les rangs de ses supporters beaucoup trop souvent habitués à défrayer la chronique en raison des hooligans qui les composent. Si les méthodes employées par le club à l’époque posaient déjà des questions en terme de libertés publiques, de vie privée et de légitimité, le rachat du club par les Qataris n’a fait qu’accentuer une chasse aveugle qui se pratique désormais en dépit de la loi. So Foot publie une enquête poussée sur les méthodes douteuses du PSG que nous reproduisons ici.

Depuis l’arrivée de QSI, le PSG est entré dans une ère nouvelle, sur le terrain, avec des stars, et dans les tribunes, avec un nouvel habillage du Parc et une volonté affirmée de transformer le public, pour tourner la page des violences. Pour que rien ne vienne perturber cette belle vitrine, le club de la capitale exerce un contrôle étroit sur ses supporters, allant bien au-delà de la légitime lutte contre la violence et les discriminations. Augmentation du prix des places, conditions générales de vente strictes, surveillance et encadrement minutieux des spectateurs, banderoles censurées, annulations d’abonnement ou de billets à l’extérieur et liste noire de fans contestataires longtemps suspectée et fraîchement prouvée par la CNIL. Bienvenue dans le monde merveilleux, lisse et légèrement flippant du PSG.

Robin Leproux, personnalité "préférée" des ultras Parisiens

Robin Leproux, personnalité « préférée » des ultras Parisiens

La reprise du championnat de Ligue 1 a été l’occasion pour le PSG de faire de nouveau parler de lui. Pour ses recrues, son nouvel entraîneur et ses premières performances sportives bien sûr, mais aussi, de façon moins rutilante, pour son nouveau règlement intérieur, qui fait désormais du Parc un espace non-fumeur, pour les arrêtés restreignant l’accès des supporters parisiens aux stades extérieurs et pour sa mise en demeure par la Commission nationale informatique et liberté (CNIL) en raison du fichage illicite de ses propres supporters.

La CNIL tonne

Si certains supporters soupçonnaient depuis septembre 2012 l’existence d’une liste noire , ils sont tombés des nues en découvrant que celle-ci comptait plus 2 000 noms, quand la CNIL a décidé de rendre publique la mise en demeure qu’elle a adressée au PSG « en raison de la gravité des manquements constatés et du nombre important de plaintes reçues ». Car la commission a mis en évidence deux listes d’exclusions des supporters, qui auraient dû au préalable être soumises à son autorisation. La première concerne logiquement les interdits de stade. Mais, de manière moins logique, le PSG n’a pas jugé bon de respecter la procédure consistant à informer la CNIL dans la gestion de ce fichier. La seconde liste, beaucoup plus douteuse, répertorie des personnes « indésirables », c’est-à-dire considérées par le PSG comme ayant « un comportement non conforme aux valeurs du club », alors même que « ces valeurs ne sont formalisées par aucun document » comme le souligne l’avocat Cyril Dubois qui défend plusieurs supporters parisiens.

Depuis plusieurs mois, So Foot attendait l’avis de la CNIL tout en enquêtant sur la vraisemblable existence de cette liste noire et sur sa mise en application, en allant régulièrement au Parc des Princes, en recueillant de nombreux témoignages et en consultant divers documents. Tous les faits évoqués dans cet article ont été corroborés par des observations, des documents ou des témoignages divers et concordants.

Plan de sécurité, Qataris et nouveau public

Supporters Ultras Parisiens en colere

En Juillet 2006, pour la première fois depuis 1945, l’état a ordonné la dissolution d’associations (en l’occurrence de supporters Parisiens, Niçois et Lyonnais)

Les grandes lignes de l’histoire récente de la gestion de ses supporters par le PSG sont connues. Au terme d’une année 2009-2010 marquée par de graves violences et par la mort de Yann Lorence, un supporter de la tribune Boulogne , le PSG et les pouvoirs publics ont pris des mesures drastiques contrastant avec la politique parfois complaisante ou laxiste menée jusque-là. Au printemps 2010, les associations de supporters des deux virages sont dissoutes par les autorités, et Robin Leproux, le président du PSG d’alors, met en place un plan de sécurité, instaurant notamment le placement aléatoire dans les virages et quarts de virage du Parc des Princes. Un an plus tard, le club de la capitale, redevenu plus présentable, est vendu à Qatar Sport Investment (QSI), fond d’investissement qatari qui façonne un nouveau visage au PSG, à grands renforts de marketing et de vedettes.

Traumatisé par des années de violence, le club veut désormais éviter tout débordement qui pourrait nuire à son image. Le directeur général délégué du PSG, Jean-Claude Blanc, l’annonçait sans ambages dans Le Parisien, il y a un an, au moment où plusieurs supporters pointaient déjà l’existence d’une liste de supporters « indésirables » : « On veut pouvoir choisir le public qu’on souhaite. » Grâce à une profusion de stars rendant l’équipe parisienne particulièrement attractive, le Parc est plein, malgré une hausse significative du prix des places. La marge de manœuvre du PSG est donc grande. Si la volonté de tourner la page des années de violence et de racisme est parfaitement légitime, le PSG va en fait beaucoup plus loin en cherchant à contrôler strictement le comportement des spectateurs et à bannir toute déviance, même minime, à l’exception des chants insultants qui n’ont pas vraiment diminué ces derniers mois… Il va également jusqu’à étouffer toute tentative de remise en cause de sa politique, ainsi que toute velléité d’organiser l’ambiance et le soutien à l’équipe. Au Parc, le public des virages est ainsi étroitement surveillé. En déplacement, les supporters parisiens sont pistés, quand ils ne sont pas tout simplement persona non grata dans de nombreuses villes de France.

L’ordre règne au Parc

Novembre 2012, Saint-Étienne se déplace au Parc des Princes pour affronter le PSG. Quelques supporters du virage Auteuil tentent de sortir, en plusieurs banderoles, le message « Rêvons ultra grand », référence subtile au slogan de l’été du PSG « Rêvons plus grand ». Pas de quoi fouetter un chat. Pourtant, en moins de trente secondes, les bouts de tissu sont arrachés par les stadiers et leurs auteurs éjectés manu militari du stade. C’est que le message contenait le mot « ultra », banni des travées parisiennes depuis le plan Leproux. À ceux qui n’ont pas encore compris le message, le PSG l’assène, il ne veut plus de groupes, ni d’organisation, ni de leaders d’ambiance. Même lorsque ceux-ci ne sont qu’une poignée. Bref, personne ne doit prendre de l’importance en tribune et constituer une force de soutien organisée à l’équipe, car le club craint qu’elle ne dérive en opposition à sa politique. Ainsi, au-delà de l’appréciable rupture avec la violence de certains anciens groupes de supporters, le PSG a décidé de se passer des côtés organisé et revendicatif des associations. Certains abonnés actuels de la tribune Boulogne en ont fait les frais. Ces supporters, déçus du manque d’entrain de la tribune la saison dernière, avaient pris contact avec le PSG pour simplement rentrer un mégaphone et des tambours afin de coordonner les chants dans le virage. Refus très ferme des dirigeants.

Tifo PSG 15 ans des Supras Auteuil

Dans la série « ça c’était avant »: Tifo à l’entrée des joueurs pour les 15 ans des Supras Auteuil (NB: avant le plan Leproux)

Si tous les stades de football sont étroitement surveillés, avec des caméras, une palpation à l’entrée, des stadiers et des forces de police spéciales, le Parc se distingue par une étonnante double sécurité, observable notamment en virages. D’un côté, les hommes en rouge, stewards traditionnels du club, de l’autre des hommes en tenue bleue foncée plus discrète en relation permanente par talkie-walkie avec des observateurs situés sur la pelouse. Une sécurité qu’un abonné d’Auteuil, dont le point de vue est partagé par de nombreux supporters que nous avons rencontrés, qualifie de « police des mœurs et de la pensée ». Ces sentinelles ne laissent pas passer grand-chose. Les fumigènes sont loin d’être les seuls à être ciblés.

Halte à la fumette et à la critique

Les omniprésentes affiches « la pelouse est sacrée, l’herbe est interdite » indiquent clairement que, si de nombreux supporters continuaient la saison dernière à rouler des joints, ils avaient intérêt à le faire en cachette pour éviter d’être exclus du stade, voire menacés d’une suspension d’abonnement par courrier (nous avons pu consulter une lettre adressée à un supporter consommateur de cannabis). La décision de rendre les tribunes non-fumeurs cette saison (que les stadiers font respecter de manière plus ou moins souple selon les cas) vise évidemment au moins autant l’usage de marijuana que celui du tabac.

Un abonné sans comportement répréhensible, mais portant une écharpe double-face avec l’inscription « PSG » et « Authentiks », association dissoute par les autorités en 2010, a passé l’essentiel de la deuxième mi-temps du PSG-OM du 24 février dernier au commissariat du Parc, avant de recevoir une interdiction administrative de stade de 3 mois, puis de voir sa sanction prolongée de six mois par le PSG…
Tout message contrariant la sécurité, même lorsqu’il n’a rien d’insultant, est proscrit. Ainsi, les supporters qui se sont essayés à déployer un carré de tissu – à peine plus grands qu’eux – portant la mention « Supporter pas criminel » ou « Des ultras à Paris » ont vu leurs bannières immédiatement saisies par les stewards et leurs auteurs expulsés du Parc. Un pied appuyé sur la rambarde en bas du virage peut lui aussi susciter les réprimandes de l’observateur au talkie-walkie… « Ces personnes en civil anticipent les problèmes, déplore Laurent*, abonné à Auteuil, et interviennent avec l’aide des stewards pour une banderole, un tee-shirt ou un chant qui déplaît, en virant les mecs potentiellement trop portés sur la contestation ou l’animation. »

Les supporters visiteurs ne sont pas mieux lotis : mégaphones, tambours et drapeaux dont la taille se heurte à l’arbitraire de la sécurité parisienne ne franchissent pas les grilles. Explication avancée par le PSG dans les courriers expédiés aux clubs adverses : principe de réciprocité à l’égard de ses propres supporters. De façon moins avouable, le club de la capitale ne veut pas que les supporters adverses puissent se montrer plus bruyants que ses propres supporters qu’il ne laisse pas s’organiser. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Mais on l’aura compris, l’ordre règne au Parc, où la sélection par l’argent opère déjà un premier écrémage – un abonnement coûte environ 400 euros en virage, selon la formule choisie et l’ancienneté.

Annulations de place à répétition

La discipline de fer du PSG s’étend aux déplacements de supporters, là encore bien au-delà de ce que nécessite la vigilance par rapport aux risques d’incidents, et avec l’aide surprenante des pouvoirs publics. Plusieurs fans du PSG affirment ainsi que, lors d’un déplacement à Bordeaux en janvier 2013, la sécurité des Girondins leur a interdit de pénétrer dans le stade Chaban-Delmas avec des écharpes et drapeaux aux couleurs de leur club sur ordre… de la direction du PSG. Deux semaines plus tard, deux bus de supporters parisiens ont été bloqués pendant près de huit heures par les forces de l’ordre à l’entrée de Toulouse avant d’être renvoyés sur Paris, sans avoir pu assister au match opposant le Téfécé au PSG. Si le contrôle de ces supporters peut se comprendre, d’autant que certains d’entre eux étaient interdits de stade, la méthode choisie et le motif interpellent : lors de leur longue attente, sans boire ni manger, certains fans parisiens ont demandé des explications aux forces de l’ordre et prétendent avoir reçu comme réponse : « Il faut voir ça avec le président de votre club… C’est lui qui décide ! »

Il est incontestable que certains supporters parisiens se déplaçant de manière indépendante ont des comportements répréhensibles, notamment lors des déplacements européens. Le prochain Anderlecht-PSG, attendu par les hooligans des deux camps, devrait le rappeler. Mais le club et les pouvoirs publics ne se contentent pas de s’attaquer aux hooligans. Ils ratissent bien au-delà des supporters violents et s’encombrent rarement de faire la distinction entre les différents publics susceptibles de suivre le PSG.

Un enterrement de vie de garçon qui tourne court

Deux étudiants, l’un à HEC (Hautes études commerciales) et l’autre à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), en ont fait les frais, avec cinq de leurs amis, lors du match face à Évian Thonon Gaillard, en avril dernier à Annecy. Alors que l’un d’eux fêtait son enterrement de vie de garçon en Haute-Savoie, ils avaient repéré que le PSG y jouait ce week-end-là. Jamais abonnés et se rendant occasionnellement au Parc, la fin de saison du PSG et un probable titre les avaient décidés à se rendre au Parc des sports d’Annecy afin de soutenir leur club pour la première fois à l’extérieur. Ils avaient acheté les places deux mois avant la rencontre, mais à une semaine du match, ils reçoivent un courrier d’ETG les informant que leurs places ont été annulées sur demande de la préfecture. Nous avions rendu compte de l’imbroglio quant à ces annulations de places qui avaient finalement conduit ETG à publier un communiqué impliquant la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH), laquelle avait transmis la liste des places à annuler, au prétexte que les personnes en question étaient interdites de stade. Ce qui n’était en fait pas le cas pour la plupart des supporters présents à Annecy et pour les sept amis qui y passaient le week-end.

Rencontrés peu après, ces deux étudiants – qui ne se définissent même pas vraiment comme supporters – n’ont pas caché leur « sidération » devant les méthodes employées par le club et les pouvoirs publics : « C’est la première fois qu’on nous prive d’une liberté, c’est quelque chose de totalement discriminatoire. » Heureusement, ils ont su se procurer des billets le jour du match pour assister quand même à la rencontre… Ces annulations sans nuances pour toutes les personnes résidant en Île-de-France et même au-delà (à Amiens ou à Rouen par exemple) laissaient depuis longtemps planer le soupçon de l’existence d’un traçage d’adresses IP et surtout d’une liste de supporters « blacklistés » , tenue et alimentée en commun par le PSG et les pouvoirs publics, que l’ancien directeur de cabinet du préfet de police de Paris, Jean-Louis Fiamenghi, avait lui-même annoncée à l’été 2012.

Laure en liste noire

Depuis septembre 2012, des dizaines de plaintes ont été déposées par des supporters contre le PSG auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés demandant la vérification de l’existence d’un tel fichage illicite. À cette époque, lors d’une rencontre du PSG Handball face à Cesson-Rennes, une cinquantaine de supporters parisiens avaient vu leurs billets annulés au motif qu’ils étaient, selon Jean-Claude Blanc, directeur général délégué du PSG, interdits de stade. Partiellement faux. Parmi eux, Laure*, une trentaine d’années, n’avait jamais eu affaire aux services de police, sinon pour un contrôle d’identité lors d’un match du PSG à Lorient la saison passée. La veille du match, cette supportrice du PSG, qui n’a jamais été abonnée au Parc des Princes, avait reçu un mail, puis une lettre lui signifiant l’annulation de son billet pour le match du Paris Handball. Incompréhension : « Je n’ai jamais eu de problèmes avec le PSG, ni avec la police et je n’ai jamais fait partie d’aucune association », assure-t-elle. Cette annulation ciblée de billets avait convaincu certains supporters que le PSG était bien en possession d’une liste noire de personnes indésirables, transmise au club par la préfecture de police de Paris et la DNLH à la suite de contrôles d’identité effectués la saison passée lors de déplacements et de manifestations contre la politique du club envers ses supporters.

Que le PSG connaisse l’identité des interdits de stade et puisse s’organiser pour leur interdire l’accès au Parc des Princes est tout à fait normal et utile. Mais il doit, au préalable, demander l’autorisation à la CNIL pour créer un fichier. Ce que, de façon surprenante, il n’a pas fait. Plus grave, que le PSG dresse une liste de personnes indésirables en raison de critères discrétionnaires comme un comportement « non conforme aux valeurs du club » dépasse largement le cadre de ses prérogatives, comme l’a souligné la commission. Le PSG conteste pourtant, dans un communiqué, la mise en demeure de la CNIL et l’existence même d’une « liste noire ». Cependant, les conclusions de la CNIL et de nombreux exemples récents démontrent que le PSG effectue bel et bien un listing arbitraire de fans indésirables.

Maître Cyril Dubois s’occupe de plusieurs affaires mettant en cause le PSG. Ainsi, début novembre 2012, dix-sept supporters parisiens ont vu leur billet, acheté sur Internet, pour le match Nancy-PSG du 27 octobre, annulé par l’AS Nancy-Lorraine. Prétexte invoqué dans le courrier envoyé aux supporters : raisons de sécurité. « Pourtant, aucun de ces supporters ne faisait l’objet d’une interdiction de stade », soutient Cyril Dubois. Pour eux comme pour Laure, Cyril Dubois avait saisi la CNIL au motif que « cet état de fait semble corroborer, s’il en était besoin, l’existence d’une liste de supporters indésirables établie par le club, liste qui de plus semble faire l’objet d’une communication à des tiers, en l’occurrence d’autres clubs de Ligue 1… »

Claire : « Accès refusé – Indésirable »

Les témoignages faisant état d’annulation de place ou de résiliation d’abonnement curieuses s’accumulent. Claire*, supportrice du PSG, a ainsi vu son abonnement résilié par son club de cœur durant l’hiver. Pourquoi ? En novembre 2012, elle avait assisté au match France-Japon au Stade de France à côté de supporters du PSG contestant la politique de leur club et réclamant « Des ultras à Paris ». « Claire n’est sous le coup ni d’une interdiction administrative de stade, ni d’une interdiction judiciaire de stade. Elle a simplement fait l’objet d’un contrôle d’identité au Stade de France, comme plusieurs centaines de personnes », précise maître Dubois, qui s’étonne que le PSG ait eu connaissance de ces contrôles d’identité. Car lorsque Claire a présenté son abonnement lors du match suivant du PSG à domicile, la mention « Accès refusé – indésirable » s’est affichée sur les bornes du Parc des Princes – une interdiction d’accès que maître Dubois a fait authentifier par un constat d’huissier. Quelques jours plus tard, Claire a reçu une lettre du club de la capitale mettant un terme à son abonnement. Motif ? L’article 18.e des conditions générales de vente en vertu duquel le PSG s’arroge le droit de résilier des abonnements et d’interdire la fréquentation du Parc des Princes pour une durée pouvant aller jusqu’à 3 ans lorsqu’un comportement « susceptible de porter atteinte à l’image du PSG » peut être reproché à l’abonné. Pour ce qui est de Claire, le doute est plus que permis. Dans cette même clause, le PSG se réserve un droit de sanction pour un comportement « indécent ou contraire à la morale et aux bonnes mœurs » soit, selon Cyril Dubois, des « notions particulièrement floues et subjectives dont un club de football ne saurait à mon sens s’arroger le droit d’être l’arbitre ».

Des conditions générales de vente draconiennes

Si le tapage fait en juillet autour du nouveau règlement intérieur du Parc était en partie infondé, car la plupart de ses dispositions existaient déjà auparavant, le fait de demander désormais aux abonnés de signer ce règlement est assurément un moyen de pouvoir ensuite reprocher à ceux qui ne se comporteraient pas de manière adéquate un non-respect de ce règlement qu’ils sont censés connaître puisqu’ils l’ont signé. Selon un ancien responsable du collectif Liberté pour les Abonnés (LPA) qui s’est auto-dissous l’an dernier « sous la pression des autorités », « si le PSG se permet d’agir de cette manière, c’est parce que jusqu’à présent, personne ne faisait la démarche d’aller devant les tribunaux ». C’est pourquoi les supporters de cet ancien collectif s’organisent pour contester systématiquement les abus dont ils s’estiment victimes devant les juridictions compétentes. Ils ont d’ailleurs réagi dans un communiqué à la mise en demeure de la CNIL.

Pourtant, il n’est pas sûr que les différentes instances saisies puissent simplement se prononcer sur ces affaires. En effet, dans le cas de Claire, maître Dubois a saisi la DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) pour vérifier si les clauses contenues dans les conditions générales de vente du PSG sont abusives. Dans un courrier à en-tête « préfet de police », la Direction départementale parisienne de la DGCCRF a fait savoir qu’elle n’était pas habilitée à instruire cette demande en raison de « contraintes de sécurité publique qui ne relèvent pas des lois et règlements dont [l’] administration contrôle l’application ». Étonnement de l’avocat et traduction : « Cela signifie que dans ce dossier, ils s’interdisent d’examiner l’existence ou non de clauses abusives au détriment de certains consommateurs que sont les abonnés du PSG en raison de prétendues contraintes d’ordre public, ce qui est pourtant précisément leur rôle. » De son côté, la DGCCRF a assuré à So Foot que « ces clauses ne relèvent pas du code de la consommation et donc pas des compétences de notre direction, mais de celles d’un tribunal civil. »

Cyril Dubois a donc saisi un tribunal civil qui jugera cette question des conditions générales de vente le 14 janvier prochain. Au regard du communiqué publié par le PSG après la décision de la CNIL , maître Dubois se « demande bien ce qui fait dire au PSG que sa politique commerciale à travers ses conditions générales de vente a récemment été approuvée par la justice, alors que dans mon affaire, la justice n’a toujours pas tranché ! »

« Liberté, égalité, y a pas ça au PSG ! »

Malgré les nombreuses procédures en cours à son encontre, le PSG va-t-il poursuivre cette saison sur cette ligne draconienne ? Vraisemblablement. La crainte d’un retour du climat de violence, latent ou explosif selon les périodes, qui régnait dans l’ancien Parc incite de nombreux supporters à accepter toutes les contraintes imposées par le club. La qualité de l’équipe permet, en outre, de remplir facilement le stade. Mais si le Parc n’était assurément pas mieux avant , faut-il nécessairement, pour dépasser les violences, aller vers un Parc ultra-contrôlé et utiliser des méthodes peu respectueuses des libertés individuelles ? N’est-il pas possible de mieux concilier les impératifs de sécurité avec la préservation des libertés publiques ? D’autant qu’une telle politique a des effets pervers. La direction du PSG entretient, par son attitude, un profond ressentiment parmi les supporters qui contestent sa politique et qui sont loin d’être tous des hooligans , ce qui a provoqué l’étincelle qui a ensuite embrasé le Trocadéro en mai dernier. En attendant un éventuel changement de cap, des supporters contestataires scandaient, à la fin de la saison dernière : « Liberté, égalité, y a pas ça au PSG ! »

*Le prénom a été changé.

Une enquête d’Anthony Cerveaux, avec Quentin Blandin (So Foot.com)
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