Collapsologie et effondrement: pourquoi le livre de Servigne et Stevens est discutable (3/3)

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L’effondrement de notre civilisation industrielle. Voilà une idée effrayante qui fait pourtant son chemin. Elle a aujourd’hui largement quitté des milieux millénaristes et survivalistes, dans lesquels elle restait jusque là cantonnée, pour gagner la communauté scientifique et les colonnes des journaux les plus sérieux. Voilà même que l’ « effondrement » est évoqué par le premier ministre Édouard Philippe lors d’un live un peu hors sol devenu célèbre avec Nicolas Hulot.
Mais est-ce pour autant crédible ? Joue-t-on seulement à se faire peur ? Doit-on (vraiment) se préparer au pire ? Comment le faire ? Ces « collapsologues » qui nos promettent la catastrophe, sont-ils les nouveaux prophètes de notre époque ? Quelles sont les limites à leur théorie ? Tentative de réponse en trois volets.

NB: La première partie de ce dossier a été publiée sous le titre « Collapsologie et effondrement: pourquoi c’est pas si déconnant »
NB: La deuxième partie de ce dossier a été publiée sous le titre « Collapsologie et effondrement: alors du coup on fait quoi ? »

Depuis la sortie en 2015 de « Comment tout peut s’effondrer », nous observons que le milieu écolo-progressiste dans un premier temps, puis ensuite la presse généraliste quand le phénomène a pris de l’ampleur, font une critique largement élogieuse de l’ouvrage de Pablo Servigne et de Raphaël Stevens. L’an dernier Frédéric Joignot analysait par exemple l’ouvrage en ces termes  :

« Après avoir compilé une impressionnante quantité de méta-analyses portant sur l’aggravation du réchauffement, l’épuisement des ressources énergétiques, alimentaires, forestières, halieutiques et métallifères, leur thèse est claire  : les écosystèmes s’écroulent, la catastrophe a commencé pour l’humanité. Elle va s’accélérer. Et la « collapsologie » est la nouvelle science interdisciplinaire qui regroupe les études, faits, données, prospectives, scénarios qui le démontrent. »

Il va de soi que l’on trouve en revanche moult critiques frontales du livre parmi la sphère climato-sceptique ou réactionnaire, mais nous ne les traiteront pas dans cet article dont ce n’est pas l’objet. Nous nous intéresserons ci-après aux critiques qui peuvent être formulée à la collapsologie par les milieux dont les chercheurs se réclament. C’est à dire que nous nous focaliserons sur les tirs venant de leur propre camp: qu’est-ce que les écologistes et progressistes trouvent à redire sur la collapsologie ? En quoi « Comment tout peut s’effondrer » est-il critiquable ?

3.1/ La clé de voute du raisonnement repose sur une publication scientifique contestée

Convergence épisode 8 - La collapsologie une catastrophe politique - Game of earth, Dr Ripeur et Le Stagirite

« La collapsologie une catastrophe politique » par Game of Earth, Dr Ripeur et Le Stagirite sur la chaine Convergences

Nous l’avons abordé lors du premier article consacré à l’effondrement, l’étape clé de l’argumentation amenant les collapsologues dans leur livre à conclure à un effondrement proche de notre société, c’est l’idée selon laquelle plus une société est complexe plus elle est fragile. Ce raisonnement se base sur les travaux de Joseph Tainter détaillés dans son livre « The collapse of Complex societies », dans lequel il développe l’idée que les sociétés qui se complexifient seraient vouées à s’effondrer, du fait de leur complexité, de leur inertie, et de leur besoin croissants en énergie pour se maintenir. Pour ce scientifique ce serait comme une loi de la nature, et Servigne et Stevens se servent de ces recherches pour démontrer la fragilité de nos sociétés industrielles ultra-complexes.

Seulement voilà, dans la communauté scientifique, cette fameuse publication de Tainter est loin de faire l’unanimité. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle est sulfureuse et contestée. On en conteste notamment les résultats et surtout sa pertinence en projection. Hors c’est justement ce pour quoi les auteurs l’utilisent…

Pourquoi les collapsologues  donne une place aussi centrale à une étude non accréditée par la communauté scientifique ? C’est d’autant plus étonnant que dans leur livre Servigne et Stevens – eux-même – admettent que ces résultats sont parfois contestés, mais ils n’en font pas moins le pivot de leur raisonnement.
Si le « système » n’est pas aussi fragile et vulnérable qu’on veut bien le dire, il n’est peut-être pas aussi près de s’effondrer ? (Quand bien-même ses fondamentaux – comme la croissance sans fin dans un monde fini – serait insoutenables sur le long-terme). Cela n’invalide pas forcément toute la théorie de la collapsologie, mais l’effondrement pourrait être beaucoup moins proche, et beaucoup moins abrupte…

C’est une faiblesse du livre que mettent en avant un certains nombre de lecteurs critiques issus des sciences sociales. Il faut à ce sujet aller écouter l’excellente émission « La collapsologie une catastrophe politique » publiée sur la chaîne Convergences par Lan de Game of Earth, Étienne de Dr Ripeur et Fabrice de Stagirite.

3.2/ Une analyse psychologisante en réalité bien peu scientifique

Un autre reproche récurrent qui est fait à Servigne et Stevens à propos de « Comment tout peut s’effondrer« , c’est la surabondance de l’argumentaire intuitif. En effets les auteurs font un appel régulier à l’ « intuition » des lecteurs. Le livre étant par ailleurs supposé révéler un « sentiment intérieur enfoui ». Pablo Servigne explique même régulièrement en conférence « les gens réalisent souvent qu’au fond d’eux-même ils l’ont toujours su ». C’est aussi le genre de réponse qu’il fournit à chaque fois quand on l’interroge sur la date de l’effondrement à venir: « il n’est pas possible de le prévoir scientifiquement […] il faut se baser sur notre intuition […] la mienne est que l’on est sur une fourchette entre 2020 et 2030 ».

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces appels réguliers à l’intuition peuvent surprendre… Et ils font particulièrement mauvais genre lorsqu’ils sont allégrement amalgamés avec les bases scientifiques du reste du raisonnement.
Une nouvelle fois, pourquoi les auteurs, s’ils se réclament d’une démarche scientifique, ont-ils recours à des arguments scientifiquement discutables ?

3.3/ Une abstraction de l’analyse des rapports de force de la société

La dernière grande catégorie de critiques qui sont adressées à Servigne et Stevens concerne leur démarche analytique. On leur reproche de ne pas assez considérer l’apport des sciences humaines et d’avoir une approche surtout orientée sur l’économie et la psychologie individuelle. La collapsologie devrait au contraire pendre en compte les rapports de force et de domination des sociétés existantes.

Complément d'enquête de Juin 2019 dédié à la fin du monde: et si c'était sérieux ?

Complément d’enquête de Juin 2019 dédié à la fin du monde: et si c’était sérieux ?

Au lieu de cela les collapsologues ne remettent pas en cause la stratification sociale et l’ordre social en place. Ils se concentrent sur les responsabilités collectives et le monde d’après. Ce qui explique sans doute leur médiatisation (qui peut surprendre quand on y pense un instant: pourquoi donc les médias de masses donnent-ils une telle place à ce pessimisme catastrophiste ?). La collapsologie est médiatiquement valorisée puisqu’elle permet de réfléchir sur des enjeux de société nous concernant tous, sans questionner les responsabilités différenciées de chaque classe sociale dans la situation écologique actuelle.

Par ailleurs, dans la même veine, on peut aussi regretter que les collapsologues donnent souvent l’impression de voir l’effondrement comme une chance pour bâtir une nouvelle société. Cela pose question puisque les dégâts sociaux et politiques d’un effondrement sont, de fait, minimisés. Pourtant, il serait aisé de démontrer le désastre que représenterait un effondrement non-politique du système actuel pour une grosse part de la population. En effet, l’humanité est traversée par d’importants systèmes de domination (genre, race, classe, etc), sur lesquels s’appuieraient les dominant-es en cas d’effondrement pour garantir leur confort dans le monde d’après.

Cette vision leur fait envisager l’effondrement comme quelque chose d’assez soudain et qui permettrait un retour à zéro et la construction d’une société nouvelle à plus petite échelle. Mais qui peut penser que les forces dominantes ne tenteront pas par tous les moyens d’essayer de perpétuer leur domination dans le nouveau système ? En d’autre termes est-il raisonnable de croire que Google, Bernard Arnault ou l’État Français laisseront les communautés solidaires de Servigne se développer tranquillement à leur dépend en plein effondrement ? Au contraire il est plutôt probable que ces énormes institution (milliardaires, états ou multinationales) soient les dernières à s’effondrer en emportant tout dans leur sillage.

C’est un raisonnement que développe par Bruno Latour dans son livre « Où atterrir ? », dans lequel il explique que selon lui les dominants ont même déjà intégré l’effondrement dans leur réflexion:

 » Les classes dirigeantes comprennent que le naufrage est assuré ; s’approprient les canots de sauvetage ; demandent à l’orchestre de jouer assez longtemps des berceuses afin qu’elles profitent de la nuit noire pour se carapater avant que la gîte excessive alerte les autres classes ».

3.4/ Un livre qui tue tout projet politique ?

Le problème de la collapsologie disent les intervenants de l’émission sur Convergences, c’est qu’elle ne présente aucune remise en question des choix politiques et techniques des derniers siècles, ni de l’ordre politique, social et économique en place qui en est l’héritier direct.

En somme ils reprochent surtout au livre de tuer tout projet politique dans l’œuf et d’anesthésier toute velléité de changement avec cette promesse d’effondrement. Ils font remarquer que le monde d’après effondrement ne pourra être que meilleur de tous les combats qui auront été menés avant ou pendant la crise, et que la compréhension et le renversement des rapports de force dans la société n’en seront pas moins indispensables. L’effondrement ne doit pas être la fin de la politique, bien au contraire.

Cette critique un peu frontale de la collapsologie par la sociologie gagnerait sans doute à être plus constructive car elle n’est parfois pas loin du procès d’intention (« on dirait qu’ils espèrent l’effondrement », « il sait très bien adapter son discours à son auditoire »). Mais en enrichissant la masse des documents réunis par Stevens et Servigne d’une analyse plus sociologique on obtiendrait un éclairage certains sur un concept qui reste véritablement crédible. Nous sommes très probablement dans une société tellement déséquilibrée dans tous les domaines qu’elle est condamnée à s’effondrer, mais peut-être de façon plus progressive et moins inédite dans l’Histoire que ce ne l’imaginent les collapsologues. Dans tous les cas, la solution est indiscutablement de commencer à préparer la société de demain dès maintenant, y compris en intégrant les rapports de domination dans l’analyse.

PS: Pablo Servigne prépare apparemment un « tome 3 » qui serait plus orienté sur une réaction politique à l’effondrement (après le tome 2 qui était dédié à la réaction intérieure/individuelle). Peut-être est-ce là un début de prise en compte de cette critique des sociologues ?
Cet article vient clore cette trilogie sur la collapsologie et l’effondrement. Vous pouvez retrouver le premier article consacré à la crédibilité à accorder au sujet de l’effondrement, et le second article  dédié à ce que cela implique et sur  les conclusions à en tirer.

Aller plus loin:

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Collapsologie et effondrement: alors du coup on fait quoi ? (2/3)

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L’effondrement de notre civilisation industrielle. Voilà une idée effrayante qui fait pourtant son chemin. Elle a aujourd’hui largement quitté des milieux millénaristes et survivalistes, dans lesquels elle restait jusque là cantonnée, pour gagner la communauté scientifique et les colonnes des journaux les plus sérieux. Voilà même que l’ « effondrement » est évoqué par le premier ministre Édouard Philippe lors d’un live un peu hors sol devenu célèbre avec Nicolas Hulot.
Mais est-ce pour autant crédible ? Joue-t-on seulement à se faire peur ? Doit-on (vraiment) se préparer au pire ? Comment le faire ? Ces « collapsologues » qui nos promettent la catastrophe, sont-ils les nouveaux prophètes de notre époque ? Quelles sont les limites à leur théorie ? Tentative de réponse en trois volets.

NB: La première partie de ce dossier a été publiée sous le titre « Collapsologie et effondrement: pourquoi c’est pas si déconnant »
NB: La troisième partie de ce dossier a été publiée sous le titre « Collapsologie et effondrement: pourquoi le livre de Servigne et Stevens est discutable »

Nous avons étudié dans un premier billet de blog, pourquoi la thèse de l’effondrement systémique développée par les collapsologues ne nous semble pas si farfelue, et pourquoi il nous semble intéressant de la prendre au sérieux. Examinons à présent ce que cela implique et quelles sont les conclusions à en tirer.

2.1/ Les 5 étapes de la compréhension de l’effondrement

« Et si tout s’effondrait ? » (revue Socialter, Novembre 2018)

Dans son travail, Pablo Servigne cite souvent un article de Paul Chefurka (intitulé « Gravir l’échelle de la conscience » ou en Anglais  « Climbing The Ladder of Awareness« ) dans lequel l’activiste écologiste canadien détaille les étapes généralement suivies lors de la prise de conscience de la catastrophe à venir. Chacun peut alors essayer de se situer sur cette échelle et reconstituer quand et quels évènements lui ont fait franchir chacune des marches. L’idée est qu’il faut un certains temps avant d’intégrer le côté systémique du problème de notre civilisation, et qu’il faut en conséquence en tenir compte lorsque l’on aborde ces questions avec des interlocuteurs qui les découvrent.

Extrait consacré à ces étapes dans le livre de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chappelle p.29/30 (voir section 2.3):

« Lorsqu’il s’agit de notre compréhension de la crise mondiale actuelle, chacun de nous semble s’insérer quelque part le long d’un continuum de prises de conscience qui peut être grossièrement divisé en cinq étapes :
– A l’étape 1 la personne ne semble pas avoir de problème fondamental. Et si problème il y a, c’est qu’il n’y a pas assez de ce qu’il y a déjà: croissance, emplois, salaires, développement, etc.
– A l’étape 2, on prend conscience d’un problème fondamental (au choix parmi des thèmes comme le climat, la surpopulation, le pic pétrolier, la pollution, la biodiversité, le capitalisme, le nuclaire, les inégalités, la géopolitique, les migrations, etc.). Ce « problème » accapare toute l’attention de la personne, qui croit sincèrement qu’en le « résolvant » tout redeviendra comme avant.
– A l’étape 3, il y a une prise de conscience de plusieurs problèmes majeurs. Les personnes arrivées à ce stade passent leurs temps à hiérarchiser les luttes, et à convaincre les autres de certaines priorités.
– A l’étape 4 arrive ce qui devait arriver, la personne prend conscience de l’interdépendance de tous les « problèmes » du monde. Tout devient abominablement systémique, c’est à dire insoluble par quelques individus ou « solutions » miraculeuses, et inaccessible à la politique telle qu’elle est conçue actuellement. Les gens qui arrivent à ce stade ont tendance à se retirer dans des cercles restreints de personnes aux vues similaires pour échanger des idées et approfondir leur compréhension de ce qui se passe. Ces cercles sont nécessairement petits, à la fois parce que le dialogue personnel est essentiel à cette profondeur d’exploration, et parce qu’il n’y a tout simplement pas beaucoup de gens qui sont arrivés à ce niveau de compréhension.
– Enfin, à l’étape 5, on change irrémédiablement de point de vue. Il ne s’agît plus d’un « problème » qui appelle des « solutions » mais d’un predicament (une situation inextricable qui ne sera jamais résolue, comme peut l’être la mort ou une maladie incurable), qui invite plutôt à emprunter des chemins de traverse pour apprendre à vivre avec, du mieux possible. On réalise alors que la situation englobe tous les aspects de la vie, et qu’elle nous transformera profondément. Un sentiment d’être complètement dépassé peut apparaître : à la vue d’un entourage désintéressé, d’un système-Monde bien trop inerte, et d’un système-Terre en intense souffrance. Tout ou presque est à remettre en question, ce qui est non seulement épuisant, mais peut couper d’un entourage affectif stable et rassurant. Pour ceux et celles qui parviennent au stade 5, il y a un risque réel que la dépression s’installe. »

2.2/ Quelle trajectoire pour le « système-Terre » ?

Il nous aura fallu du temps, mais nous avons fini (ou finirons) par admettre qu’il y a bien un problème planétaire systémique, et que nous sommes face à un predicament. Mais quelles marges de manœuvre – si infimes soit-elles – nous reste-il ? Que peut-on faire pour limiter les dégâts et amortir la chute ? Dans ses conférences (notamment celle consacrée à un avenir sans pétrole), Pablo Servigne propose un dessin explicatif produit par Will Steffen et son équipe de climatologues Américains, dans leur étude consacrée à la trajectoire du système-Terre dans l’anthropocène.

"Trajectoires du systeme Terre dans l'anthropocène" (Steffen et Al)

« Trajectoires du systeme-Terre dans l’anthropocène » (Steffen et Al)

Dans ce dessin, la Terre, représentée par une bille, subit un effet de balancier au gré des oscillations climatiques au cour des âges (holocène). Pendant des millions d’année la Terre alternait entre les périodes glacières et inter-glacières (au fond à gauche de la perspective de l’image). Le problème mis en évidence par le dessin explicatif c’est qu’il y a des effets de seuil colossaux. Si la Terre dans son mouvement de balancier remonte plus haut que les « bords », elle sort de son cadre naturel et de sa zone de confort pour basculer « de l’autre côté ». Elle entre alors dans une zone de turbulences qui obéissent à d’autre lois climatiques moins clémentes, et surtout plus beaucoup plus chaudes (à droite de l’image). Nous sommes aujourd’hui à une sorte de croisée des chemins : soit nous minimisons les dégâts au moyen d’un drastique « pilotage du système-Terre » pour essayer de s’accrocher au « bord », soit nous continuons les émissions et la dégradations de la biosphère, et alors nous passerons définitivement le seuil planétaire pour achever de transformer notre planète en étuve (« hothouse earth »).

Ce dessin à le mérite d’être très parlant, et de bien montrer que nous avons déjà franchit des paliers irréversibles. Ce qu’il reste de l’ordre du possible, et nécessiterait pourtant des efforts colossaux et planétaires, ne permettraient jamais au mieux que de « sauver les meubles ». Effrayant.

2.3/ Développer sa résilience grâce à un cheminement intérieur

Une autre fin du monde est possible - Vivre l'effondrement (et non pas seulement y survivre) de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle

« Une autre fin du monde est possible – Vivre l’effondrement (et non pas seulement y survivre) » de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle

Les collapsologues sont bien conscients que toutes ces effrayantes nouvelles sont terriblement dures à digérer. Le cheminement dans la prise de conscience est long et le risque de sombrer dans la dépression et le désespoir est réel. C’est pourquoi Pablo Servigne et Raphaël Stevens, rejoints cette fois-ci par Gauthier Chapelle ingénieur et docteur en biologie, ont livré un second opus consacré à l’acceptation de l’effondrement et la façon de le vivre. Il est intitulé « Une autre fin du mode est possible: vivre l’effondrement (et non pas seulement y survivre)« .

Dans cet ouvrage ils invitent les lecteurs ayant intégré la perspective d’un effondrement proche, à un travail sur eux-même pour développer leurs facultés de résilience. En leur donnant des clés de psychologie et de sociologie, basées en partie sur leurs recherches sur l’entraide (exposées dans un livre dédié, « L’entraide, l’autre loi de la jungle« , Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, 2017), les collapsologues esquissent un chemin vers une société post-effondrement, plus apaisée et plus solidaire du fait de la nécessité de résilience. Cette collapsosophie (philosophie de l’effondrement) comme ils l’appellent, pourrait être résumée par la formule : est-il possible de transformer l’Apocalypse en « happy collapse » (un effondrement heureux) ?

Les auteurs définissent les objectifs de leur livre dans sa première partie (dans un extrait que nous reproduisons ici, p.34):

« Voilà quelques années déjà que nous avons à cœur de faire connaître les travaux scientifiques sur ce sujet [NDLR l’effondrement] au plus grand nombre. Nous n’avons perdu ni le moral, ni l’espérance, ni la raison. Nous nous rendons compte aujourd’hui que sortir du strict cadre scientifique a été pour nous d’une grande aide dans ce cheminement. Ce fut même une source de joie.
Des effondrements partiels présents ainsi que des possibles effondrements systémiques à venir sont des occasions de transformation. Nous restons convaincus qu’il est possible de comprendre, dire et vivre les catastrophes et les souffrances qu’elles engendrent sans renoncer à la joie et à la possibilité d’un avenir.
Ce livre relate nos découvertes dans les domaines de la psychologie des catastrophes mais aussi nos rencontres sur les chemins de la collapsosophie. Il s’adresse aux personnes qui veulent naviguer dans cet équilibre clair-obscur, sans renoncer à la lucidité ni au réel, mais sans renoncer non plus à un avenir possiblement joyeux, et en tous cas terrestre. »

2.4/ La vulgarisation de l’après effondrement

Dans la foulée de ces recherches et de cette littérature riche sur la collapsologie, il y a un nombre toujours plus grand de journalistes, de blogueurs, de vidéastes et de réalisateurs qui consacrent leur travail à la vulgarisation du sujet. Et cela semble véritablement nécessaire tant il est complexe et déroutant.

En voici quelques uns qui ont retenu notre attention:

  • La websérie [ NEXT ] du journaliste Clément Montfort. Parrainée par Cyril Dion, [ NEXT ] est une série documentaire traitant de notre avenir proche sur cette planète : anéantissements biologiques des écosystèmes, migrations de population pour des raisons climatiques, risques de pénuries de pétrole, autrement dit une série sur les risques d’effondrement de notre civilisation. [ NEXT ] aborde aussi la résilience possible de notre société : nouveau modèles agricoles, utilisation de low-techs (technologies post-carbone ou bas carbone), modes de vies alternatifs, réorganisation des villes.

  • Les numéros dédiés de la revue Socialter. La revue écologiste a consacré un riche hors série intitulé « Et si tout s’effondrait ? » en Novembre 2018 à la collapsologie (voir illustration ci-dessus), avant de revenir sur le sujet au travers de son numéro d’Avril « Fin du monde, fin du mois, même combat ?« 

  • La chaîne « Après l’effondrement » qui traite de l’ère post-effondrement et cherche à aborder différents thèmes pour donner une image prospective des alternatives à notre mode de vie. Elle en traite pas en soi l’effondrement sur le moment présent, mais plus les conséquences sur le long terme qu’il peut provoquer. La fin de la civilisation thermo-industrielle n’est pas la fin de la Civilisation.

Comme nous l’avons vu dans ce second article sur l’effondrement et la collapsologie, qui a tenté de traiter les conséquences et conclusions à tirer de ces recherches, le chemin possible est bien étroit, et il apparait important que l’indispensable changement de braquet civilisationnel s’accompagne aussi d’une réflexion sur l’après, ainsi que sur notre résilience tant individuelle que collective.

Cet article est venu approfondir cette trilogie sur la collapsologie et l’effondrement. Vous pouvez retrouver le premier article  consacré à la crédibilité à accorder au sujet de l’effondrement, et poursuivre avec le troisième article qui aborde la critique de la collapsologie.

Aller plus loin:

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Collapsologie et effondrement: pourquoi c’est pas si déconnant (1/3)

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L’effondrement de notre civilisation industrielle. Voilà une idée effrayante qui fait pourtant son chemin. Elle a aujourd’hui largement quitté des milieux millénaristes et survivalistes, dans lesquels elle restait jusque là cantonnée, pour gagner la communauté scientifique et les colonnes des journaux les plus sérieux. Voilà même que l’« effondrement » est évoqué par le premier ministre Édouard Philippe lors d’un live un peu hors sol devenu célèbre avec Nicolas Hulot.
Mais est-ce pour autant crédible ? Joue-t-on seulement à se faire peur ? Doit-on (vraiment) se préparer au pire ? Comment le faire ? Ces « collapsologues » qui nos promettent la catastrophe, sont-ils les nouveaux prophètes de notre époque ? Quelles sont les limites à leur théorie ? Tentative de réponse en trois volets.

(*) extrait où il fait allusion à « Collapse: How Societies Choose to Fail or Succeed » de Jared Diamond
NB: La deuxième partie de ce dossier a été publiée sous le titre « Collapsologie et effondrement: alors du coup on fait quoi ? »
NB: La troisième partie de ce dossier a été publiée sous le titre « Collapsologie et effondrement: pourquoi le livre de Servigne et Stevens est discutable »

1.1/ Le bouquin qui met une claque

« Comment tout peut s’effondrer » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens

« Comment tout peut s’effondrer » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens

A l’origine de la vague sur l’effondrement, il y a d’abord le succès d’un livre: « Comment tout peut s’effondrer: petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, publié en 2015 au Seuil. Très étayé scientifiquement, l’ouvrage a progressivement bénéficié d’un impressionnant bouche-à-oreille (voir à ce sujet l’épisode de la websérie Next avec Didier Super) qui, étayé par les conférences des auteurs diffusées sur Internet, a popularisé le concept et généré le buzz actuel autour de la collapsologie.

Le livre est très dense et il serait ingrat de le résumer en un seul article. Surtout qu’il est lui-même le rassemblement d’un nombre colossal d’études et de réflexions scientifiques (il y a plus de 500 références dans l’ouvrages, soit près de 30 pages). Pour entrer dans le vif du sujet, voici deux extraits qui donnent une idée de l’analyse des auteurs. Ce billet traite ensuite des principaux ressorts de l’argumentation développée par Servigne et Stevens.

Métaphore de l’échelle pour représenter le point de non retour:

« Pour résumer, nous avons escaladé très rapidement l’échelle du progrès technique et de la complexité, dans ce que l’on pourrait considérer comme une fuite en avant qui s’auto-entretient. Aujourd’hui hui, alors que la hauteur de l’échelle du progrès génère un certain vertige, de nombreuses personnes se rendent compte avec effroi que les échelons inférieurs de l’échelle ont disparu, et que l’ascension continue inexorablement, malgré eux. Arrêter ce mouvement ascendant et redescendre tranquillement pour retrouver un mode de vie moins complexe, sur la terre ferme, n’est plus possible à moins de sauter de l’échelle, c’est-à-dire en subissant un choc pour celui qui le fait, ou en provoquant un choc systémique majeur si de nombreuses personnes lâchent l’échelle en même temps. Ceux qui comprennent cela vivent avec une angoisse: plus la fuite en avant continuera, plus la chute sera douloureuse. » (p.106)

Métaphore de la voiture pour résumer le predicament (**) dans lequel se retrouve plongée notre civilisation industrielle:

«Aujourd’hui, nous sommes sûrs de quatre choses:
1. la croissance physique de nos sociétés va s’arrêter dans un futur proche;
2. nous avons altéré l’ensemble du système-Terre de manière irréversible (en tout cas à l’échelle géologique des humains);
3. nous allons vers un avenir très instable, «non-linéaire» dont les grandes perturbations (internes et externes) seront la norme
4. nous pouvons désormais être soumis potentiellement à des effondrements systémiques globaux.
Ainsi, comme de nombreux économistes, climatologues, physiciens, ou même politiciens […], nous en déduisons que notre société peut s’effondrer dans un avenir proche. Pour reprendre la métaphore de la voiture, alors que l’accélération n’a jamais été aussi forte, le niveau de carburant indique qu’on est sur la réserve et que le moteur, à bout de souffle, se met à fumer et à tousser. Grisés par la vitesse, nous quittons la piste balisée et dévalons, avec une visibilité quasi-nulle, une pente abrupte truffée d’obstacles. Certains passagers se rendent compte que la voiture est très fragile, mais apparemment pas le conducteur, qui continue à appuyer sur le champignon !» (p. 130)

(**) Predicament: terme anglais employé par les auteurs difficilement traductible, évouant un problème pour lequel il est vaint de chercher une solution et avec lequel il vaut mieux apprendre à vivre

1.2/ Le rapport rapport Meadows et le club de Rome

A la base de la réflexion de Servigne et Stevens il y a le fameux « Rapport Meadows » (i.e. Les Limites à la croissance (dans un monde fini), en anglais The Limits To Growth) publié en 1972. Ce rapport, qui avait été demandé à des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) par le Club de Rome en 1970, est à l’origine du début de la pensée écologiste et décroissante. Reposant sur un modèle informatique de type dynamique des systèmes appelé World3, il est la première étude importante soulignant les dangers pour la planète Terre et l’humanité de la croissance économique et démographique que connaît le monde. En 2008, un chercheur australien au CSIRO, Graham Turner, reprend l’une des conclusions phares de l’étude de 1972 en mettant à jour les données prévisionnelles initiales avec les données réelles constatées. Depuis, les données concernant  l’évolution des grandes tendances du monde (stock de ressource naturelles, nourriture par habitant, production global, population etc…) sont régulièrement mis-à-jour par ses équipes, et l’on constate que la modélisation de 1972 s’avère particulièrement juste (voir courbes ci-après).

Pablo Servigne et Raphaël Stevens partent de ce constat pour démarrer leur réflexion. Si l’on prolonge les courbes prévues par l’équipe des Meadows en 1972 – ces mêmes courbes qui s’avèrent globalement exactes depuis quarante cinq ans – on arrive à écroulement général entre 2020 et 2030.

Réactualisation des courbes de simulation extraites du "Rapport Meadows" commandé par le club de Rome en 1972

Réactualisation des courbes de simulation extraites du « Rapport Meadows » commandé par le club de Rome en 1972

1.3/ Ces exponentielles qui font flipper

Un autre argument « massue » qui permet à Servigne et Stevens d’anticiper un effondrement prochain de notre société, c’est l’évolution exponentielle de l’ensemble des variables socio-économiques ou de notre « système Terre ». Dans la foulée du rapport fourni au Club de Rome, ils mettent en évidence ce paradoxe simple mais mathématique: peut-on raisonnablement espérer avoir une société à croissance infinie dans un monde fini ?

Il est vrai que mise bout-à-bout, toutes ces courbes de tendance donnent le tournis… (voir graphiques ci-dessous):

Courbes exponentielles issues de "Comment tout peut s'effondrer" de Pablo Servigne et Raphaël Stevens

Courbes exponentielles: les tendances socio-économiques

Constatant que le moteur principal de notre civilisation industrielle est l’abondance d’énergie bon marché via la ressource pétrolière, les auteurs analysent aussi le « pic pétrolier » mondial, qui annonce une fin prochaine du pétrole.
Ils reprennent aussi l’intéressante notion de « taux de retour énergétique » (TRE ou « Energy Returned On Energy Invested » en anglais), qui calcule la quantité d’énergie à dépenser pour extraire l’énergie. Servigne et Stevens s’inquiètent du fait que ce TRE ne fait que baisser pour l’extraction du pétrole. D’un TRE de 100:1 (c’est à dire 100 barils extraits pour 1 baril dépensé pour leur extraction) pour le pétrole américain au début du XXème siècle, on est passé à un TRE moyen de 35 pour 1 en 1990, puis à un taux  estimé entre 10:1 et 20:1 au niveau mondial aujourd’hui.

Plusieurs études citées par les collapsologues montrent aussi qu’en dessous d’un certain seuil (évalué autour de 12:1), le modèle économique de l’extraction du pétrole ne sera plus viable. Cette analyse permet déjà de comprendre que quand bien même il resterait beaucoup de pétrole enfoui en réserve,  la dernière goutte de pétrole ne sera jamais extraite du sol, car trop difficile d’accès et trop couteuse (en énergie) à aller chercher.

Courbes exponentielles issues de "Comment tout peut s'effondrer" de Pablo Servigne et Raphaël Stevens

Courbes exponentielles: les tendances du système Terre

1.4/ Plus une société est complexe et interconnectée plus elle est fragile

Le dernier argument majeur avancé par Servigne et Stevens que nous évoquerons dans cet article, est celui qui se base sur une étude de M. Scheffer et al. parue en 2012 (« Anticipating critical transition »). Ce chercheur et son équipe ont étudié comment la complexité d’un réseau influe sur sa résilience et sa réponse aux perturbations. Comme le résume le schéma ci-dessous, dont les auteurs de « Comment tout peut s’effondrer » se servent pour illustrer leur propos, un système modulaire et hétérogène donne une réponse proportionnelle et linéaire aux perturbations, alors qu’un système très connecté, homogène avec des éléments interchangeables, est au départ beaucoup plus résilient face aux contraintes, avant de chuter brusquement quand les perturbations passent un certain niveau.

Servigne et Stevens reprennent cette étude à leur compte et l’applique à notre société, qui de plus en plus complexe, interconnectée et homogène, pourrait donner l’illusion d’une grande robustesse en dessous d’un seuil critique, avant de s’écrouler brutalement.

Réponses types des réseaux complexes aux perturbations, M. Scheffer et al., « Anticipating critical transitions »

Réponses types des réseaux complexes aux perturbations, M. Scheffer et al., « Anticipating critical transitions »

Comme nous l’avons vu dans ce premier article sur l’effondrement et la collapsologie, qui passent en revue les principaux arguments développés par Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur ouvrage, il semble bien que nous ayons ici affaire à quelque chose d’un peu plus sérieux que la simple prédiction de fin du monde ou autre théorie millénariste. Les auteurs ont une formation scientifique et leur théorie est d’autant plus crédible que leur livre est étayé de centaines de références scientifiques avérées. Au delà du phénomène de « buzz » qu’elle rencontre actuellement la collapsologie mérite donc que l’on s’y intéresse.

Cet article initie une trilogie sur la collapsologie et l’effondrement. Vous pouvez retrouver le second article dédié à ce que cela implique et sur  les conclusions à en tirer, et le troisième article qui aborde la critique de la collapsologie.

Pour aller plus loin sur la collapsologie:

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Violences policières sur les Gilets Jaunes: l’heure de rendre des comptes pour Macron et Castaner

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Voilà un documentaire qui fait mal. Mal à notre France, mal à la démocratie et mal à l’idée que l’on se fait de la police et de l’Etat républicain. A travers les témoignages de blessés, de spécialistes et de militants, Mathieu Molard, journaliste à Street Press, a enquêté sur la répression du mouvement des gilets jaunes. Ce documentaire inédit décrypte les dérives du maintien de l’ordre, et le moins que l’on puisse dire c’est que cette mise en perspective fait froid dans le dos. Mathieu Molard a l’immense mérite de poser les bonnes questions et surtout de nous inviter à demander des comptes.
Attention quand même ça pique un peu. Ames sensibles s’abstenir.

Voir le documentaire en ligne sur le site de Street Press.

"Gilets Jaunes, une répression d'Etat" | Documentaire | Street Press

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Citation de George R. R. Martin

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George R. R. Martin, auteur de Le Trône de Fer (Game of Thrones)« Tolkien peut dire qu’Aragorn devient roi et règne pour un siècle, et qu’il était sage et bon. Mais Tolkien ne se demande pas quelle est la politique fiscale d’Aragorn. Est-ce qu’il maintient une armée en permanence ? Que fait-il en cas d’inondation ou de famine ? Et que deviennent les orcs ? A la fin de la guerre, Sauron est mort, mais les orcs sont toujours là, dans les montagnes. Aragorn ordonne-t-il un génocide systématique et leur extermination ? Et tue-t-il même les bébés orcs, dans leurs berceaux orcs ?« 

George R. R. Martin, écrivain américain de science-fiction et de fantasy, (1948-), auteur de la série romanesque du Trône de fer.

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Citation de Howard Zinn

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Howard Zinn, "Une histoire populaire des États-Unis,"« Tant que les lapins n’au­ront pas d’his­to­riens, l’his­toire sera racon­tée par les chas­seurs… »

Howard Zinn, historien et politologue Américain, (1922-2010), auteur de « Une histoire populaire des Etats-Unis »

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Citation d’Hélder Câmara

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Hélder Câmara, évêque catholique brésilien, archevêque d'Olinda et Recife de 1964 à 1985, qui est connu pour sa lutte contre la pauvreté dans son diocèse et dans le monde.

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Hélder Câmara, un évêque brésilien connu pour sa lutte contre la pauvreté, (1909-1999)

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« Là ça déborde et il faut qu’on sorte la tête de l’eau » #Mai2018 #OnDéborde

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Ils sont une dizaine de youtubeurs à lancer un appel commun à l’action, pour « ne pas rester silencieux devant casse sociale, environnementale et démocratique« . Persuadés que nous nous situons au seuil d’une de ces « accélérations de l’Histoire« , au cours desquelles un « changement rapide et profond de modèle de société » est possible, ils entendent faire de Mai 2018 un digne héritier de celui de 68.

#OnDéborde #Mai2018 L'appel à l'action de vidéastes

#OnDéborde #Mai2018: l’appel à l’action de vidéastes engagés

De retour du Brésil où ils ont couvert le forum social mondial de Salvador de Bahia (avec notamment des chroniques dans le journal du Média), l’équipe de « Partager c’est Sympa » est à l’initiative d’une vidéo qui – ils l’espèrent tous – fera date.

Dénonçant en vrac, l’attaque en règle contre les services publics, les cadeaux aux plus triches, le renforcement du secret des affaires, les évacuations violentes de Notre-Dame-des-Landes et des facs, l’inaction face à la sixième extinction de masse, la casse des droits sociaux, l’absence de réelle politique contre les inégalités femme-homme, la loi asile immigration etc… ils entendent fédérer les luttes à travers les réseaux sociaux. Ils visent à réunir tous ces anonymes qui, sans forcément le manifester jusqu’à aujourd’hui, ont de bonnes raisons de ne pas être satisfaits des orientations prises par le gouvernement Macron.

« On est conscient que l’Histoire ne se se fera pas sans nous, et que si on ne fait rien, il ne se passera rien »

Le collectif de vidéastes appelle chacun à rependre ses responsabilités et conclue son message par une invitation à passer à l’action en ce mois de Mai:

« Rendez-vous dans ta fac, ta gare, ton hôpital, ta ZAD, dans la rue pour les manifs de Mai, pour défendre ton service public, ta planète et créer le monde que tu veux. »

Les équipes de vidéastes participant à l’appel:

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Macron se prend une claque au parlement européen: un député belge lui offre une corde

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Il va falloir retenir le nom de ce député Belge au parlement européen. Membre du parti écologiste belge ecolo et coprésident du Groupe des Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen, Philippe Lamberts s’est fait remarquer mardi lors du passage d’Emmanuel Macron devant les parlementaires de Strasbourg. A travers un discours percutant et bien construit, le Belge a vivement secoué le président Français sur son bilan et ses contradictions en matière d’écologie.

Le député belge Philippe Lamberts présente une corde à Emmanuel Macron

Le député belge Philippe Lamberts présente une corde à Emmanuel Macron

Reprenant tout d’abord les objectifs énoncés par le chef de l’État devant les parlementaires quelques minutes auparavant, Mr Lamberts a expliqué en quoi lui et son groupe souscrivaient à la plupart d’entre eux. Mais si ce début d’intervention pouvaient sembler dans un premier temps très complaisant, ce n’était que pour mieux mettre en relief les ambiguïtés et le double discours d’Emmanuel Macron en matière d’écologie et de construction européenne.

Car ensuite, en confrontant point par point la devise française – Liberté Égalité, Fraternité – à la réalité de l’exercice du pouvoir du président Français, le député Belge enchaîne les points gagnants. Devise à laquelle il se permet d’ajouter la durabilité, pour laquelle le bilan du chef de l’État est encore plus calamiteux aux yeux de l’écologiste. Le discours est posé, brillant, implacable. Pour finir en apothéose avec la remise d’une corde à Emmanuel Macron, en forme de clin d’œil à ses allusions répétées aux « premiers de cordée » que le président assume soutenir en priorité.

Emmanuel Macron au parlement Européen de Strasbourg mardi

Emmanuel Macron semble au bord de la PLS face au bilan de sa politique dressé par le député Belge

Au delà de la forme qui prête à sourire, on retiendra surtout la pertinence du député Belge qui, en filant la métaphore du président, déroule ses arguments sans pitié:

« […] Ce qui définit la cordée, Monsieur Macron, c’est la corde. C’est elle qui permet d’adapter la vitesse du premier de cordée au besoin du groupe. C’est elle aussi qui empêche les derniers de cordée de tomber au ravin. Mais dans nos sociétés, Monsieur le Président, cette corde n’existe plus […] »

La vidéo en entier de l’intervention de Philippe Lamberts au parlement européen mardi 17 avril:

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Citation d’Antonio Gramsci

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Antonio Gramsci, membre fondateur du Parti communiste italien

« Il faut allier le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté. »

Antonio Gramsci, écrivain et politique Italien, (1891-1937)

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