L’impayable charisme de Barack Obama suffira-t-il à le faire réélire ? (1/2)

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Dans quelques jours nous connaitrons le nom du prochain président des États-Unis. Barack Obama, malgré des talents d’orateurs toujours aussi saisissants, peine à soulever le même enthousiasme qui lui avait assuré le triomphe en 2008, accablé qu’il est par son maigre bilan. De son coté Mitt Romney a du user de tout le « pragmatisme » qu’on lui attribue pour renier une partie de ses idées mises en œuvre comme gouverneur du Massachusetts et ainsi séduire l’aile droite du parti Républicain… C’est entre ces deux personnalités que les Américains devront choisir mardi prochain, avec un mécanisme d’élection toujours aussi archaïque et inéquitable.

1 – Le retour sur Terre difficile de Barack Obama

Ce que Obama traine comme un boulet pour cette élection 2012 c’est son maigre bilan. Il avait tant promis en 2008, déclenchant un enthousiasme sans précédent lors de son avènement à la Maison Blanche, qu’il est évidemment difficile aujourd’hui de faire face à tous ses engagements. Certes « Ben Laden est mort et General Motors est vivant » comme le dit avec malice son vice président Joe Biden pour mieux résumer l’action intérieur et extérieur du premier président afro-américain de l’Histoire ; mais il y a tant de promesses non tenues ou en grande partie dénaturées que Barack Obama a perdu une bonne part de sa « magie » en quatre ans.

Barack Obama en campagne 2012

Barack Obama fait toujours le spectacle quatre ans après

Obama avait promis une politique différente, basée sur le compromis multi-partite dans l’intérêt de la nation… Il devait mettre au pas le monde de la finance – à qui l’on devait la crise des subprimes – à travers une nouvelle règlementation ambitieuse… Il devait fermer Guantánamo… Il devait mettre en place un système de santé pour tous… Il devait en finir avec les opérations secrètes en territoire étranger… Au lieu de tout cela il a subit de plein fouet l’opposition systématique des Républicains ne lui permettant de faire qu’une réforme de la santé à minima et au forceps. Il a nommé des personnalités clés de Wall Street –  premiers responsables de la crise – au ministère des finances, qui se sont empressées d’enterrer les projets de règlementation etc… Ce ne sont que des exemples parmi d’autres. Le « fact checking » (vérification par les faits), comme disent les Américains, ne plaide pas en faveur du président sortant.

Comment Barack Obama a-t-il pu croire sincèrement qu’il allait changer tout Washington et 50 ans de politique Américaine à lui tout seul ? Comment imaginait-il que les Républicains allaient se mettre à travailler avec lui pour l’intérêt supérieur national ? Cette « naïveté » était sans doute nécessaire au « phénomène Obama » de 2008, mais elle lui coûte bien cher aujourd’hui à l’heure du bilan.

La réponse à ces questions se cache sans doute dans l’incroyable destinée du président. Né à Hawaï en 1961 d’une Américaine et d’un Kényan, le petit Barack ne connait pas son père. Très jeune il part vivre en Asie du Sud-Est avec sa mère et son nouveau mari Indonésien. C’est dans les faubourgs de Jakarta qu’il vivra jusqu’à 10 ans. Il retourne ensuite à Hawaï où ce sont ses grands parents qui le prennent cette fois en charge. Après le College, qu’il effectue en Californie, Obama devient ensuite community organizer à Chicago avant d’être diplômé de Harvard en 1991. C’est ensuite à peine plus de 10 ans après être entré en politique (1996) qu’il gravit quatre à quatre les échelons devenant sénateur de l’Illinois puis sénateur fédéral et enfin président des États-Unis en 2008. Au regard de ce destin hors du commun, Barack Obama avait de bonnes raisons de croire en sa bonne étoile. Comme il avait toujours su venir à bout des obstacles se présentant à lui, il a peut être mésestimé les difficultés auxquelles il serait confronté une fois élu.

2 – Le réveil du showman

Mais si Obama est en difficulté sur son bilan, il peut toujours compter sur son formidable charisme et sens de la formule. Durant toute la campagne il s’est montré en véritable « bête de scène » avec un sens du verbe hors du commun.

Dans cette catégorie on notera le formidable sketch sur la « Romnésie » durant le meeting de Virginie avant le troisième débat.

« Romney a tellement changé d’avis« , explique Obama à l’assistance, « qu’il faut donner un nom à cette maladie dont il souffre: la « Romnésie«  » (Romnesia). Prévenant, il enchaine: « Je ne suis pas médecin mais je vais vous décliner certains des symptômes parce que je veux être sur que personne ne l’attrape :
– Si vous dites que vous êtes pour l’égalité des salaires mais que vous refusez de dire si vous signeriez une loi qui la protège, vous avez peut-être la Romnésie.

Si vous dites que les femmes devraient avoir accès à la contraception, mais que vous soutenez une loi qui laisserait votre employeur vous refuser la couverture de la contraception, vous avez peut-être un accès de Romnésie..
Si vous dites que vous êtes « un champion de l’industrie du charbon » alors que , quand vous étiez gouverneur, vous vous êtes plantés devant une centrale pour dire qu’elle peut tuer…– « Romnésie », hurle la foule, qui a compris la musique…
Après avoir énuméré toutes les contradictions de son opposant, Obama assène le coup de grâce, qui fera aussi la chute de son sketch et provoquera l’hystérie de la foule. Si vous souffrez de Romnésie, rassurez-vous, grâce à sa réforme de la santé vous êtes couverts:
– « Obamacare couvre les antécédents médicaux »

Lors du troisième et dernier débat qu’il a largement dominé, Obama a aussi fait preuve d’un sens de la réparti forçant l’admiration.

Mitt Romney propose d’augmenter drastiquement le budget de l’armée:
[…]  la marine américaine n’avait jamais eu aussi peu de navires depuis 1917. Ils ont besoin de 313 bâtiments. On est descendu à 285. Ce à quoi répond Obama :
– Je pense que le gouverneur Romney n’a peut-être pas passé assez de temps à étudier comment fonctionnent nos forces armées. Nous avons moins de navires qu’en 1916 mais nous avons aussi moins de chevaux et moins de baïonnettes parce que la nature de l’armée a changé.
Nous avons ces choses appelées des porte-avions sur lesquels les avions peuvent atterrir. Nous avons ces bateaux qui vont sous l’eau, des sous-marins nucléaires. Il ne s’agit pas de bataille navale.
« 

La suite de cet article, consacrée à Mitt Romney et au système électoral Américain sera publiée la semaine prochaine.
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