Court-métrage: 20 ans après « L’ile aux fleurs » n’a pas pris une ride

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Il y a un peu plus de vingt ans, Jorge Furtado réalisait « Ilha das Flores » (L’île aux fleurs), un petit film coup de poing de 12 minutes qui allait obtenir l’Ours d’Argent au Festival de Berlin de 1990. Un constat: ce que dénonçait le brésilien en 1989 est plus que jamais d’actualité.

Présenté sous l’angle didactique – limite encyclopédique – le film fait d’abord penser à un pastiche qui frise en permanence avec le décalage. Légèrement fouillis, on se demande même par moment où le narrateur veut en venir.

«  […]Les êtres humains sont des animaux mammifères, bipèdes, qui se distinguent des autres mammifères comme les baleines, ou bipèdes comme la poule, principalement par deux caractéristiques : le télencéphale hautement développé et le pouce préhenseur […] « 

Puis l’humour se fait de plus en plus grinçant, et l’on a de moins en moins envie de rire. Abonnant progressivement son coté naïf, « l’Ile aux fleurs » provoque ensuite le spectateur en révélant l’inhumanité des comportements économiques où l’être humain n’est plus prioritaire. Et Furtado nous livre finalement un film extrêmement politique.

L'Ile aux fleurs de Jorge Furtado

Il n'y a pas beaucoup de fleurs sur l'Ile aux fleurs...

Absolument culte chez les connaisseurs et aussi dans les milieux altermondialistes, l' »Ile aux fleurs » résume en 12 minutes tout ce que le mouvement dénonce avec fureur à chaque forum social mondial. Mais au delà de l’aspect militant,  il met surtout le doigt sur notre malaise grandissant face à la société de consommation de masse et une économie de moins en moins de taille humaine. C’est ce qu’expliquait Furtado lors de la sortie de son film:

« J’ai voulu montrer à un visiteur inter-planétaire comment est la Terre. Caetano Veloso dit de la baie de Guanabara que nous ‘sommes aveugles de tant la voir’. J’ai fait la même chose avec la misère brésilienne. Nous sommes devenus insensibles à force de la voir sans cesse »

Le brésilien souhaitait partager son dégoût face à cet aveuglement. Mais aussi dénoncer la logique implacable d’un système inhumain et infecte:

 » […] je suis arrivé à la conclusion que cela me dérangeait parce que c’était une chose qui était à la fois logique et immorale. Cette chose-là fait tout à fait sens; le propriétaire du terrain était plus clément que les autres parce que, lui, au moins, ouvrait son terrain aux pauvres »

Deux décennies plus tard, alors que la mondialisation a achevé la mutation de notre monde, les réalités dénoncées par « l’Ile aux fleurs » n’ont jamais été aussi vraies. Il n’y a qu’à regarder Le Cauchemar de Darwin, ou la situation du lac de Naivasha pour s’en convaincre. Et ce ne sont que des exemples parmi d’autres !

Si vous n’avez pas encore vu le chef d’œuvre, il est aujourd’hui disponible en ligne en intégralité. Et il serait dommage de se priver !

« J’ai voulu montrer à un visiteur inter-planétaire comment est la Terre. Caetano Veloso dit de la baie de Guanabara que nous ‘sommes aveugles de tant la voir’. J’ai fait la même chose avec la misère brésilienne. Nous sommes devenus insensibles à force de la voir sans cesse »

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