Les mises au point macro-économiques de Eric Heyer à « C dans l’air »

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Eric Heyer, économiste et directeur adjoint à l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Économiques) fait toujours des interventions remarquées sur le plateau de « C dans l’air » sur France 5. En faisant partager son recul de macro-économiste, il empêche régulièrement l’émission d’Yves Calvi de tourner en rond dans le catastrophisme ambiant. Vendredi soir, face à des pointures pourtant expérimentées, comme les très libéraux Philippe Dessertine et Nicolas Bouzou, Mr Heyer n’a pas manqué d’impressionner par ses brillants éclairages sur la politique économique à mener pour réduire la dette publique. Petit florilège de ces démystifications.

1/ Politique de l’offre ou politique de la demande ?

Eric Heyer, macro-économiste, directeur adjoint de l'Observatoire Français des Conjonctures Économiques (Photo Le Parisien)

Eric Heyer, macro-économiste, directeur adjoint de l’Observatoire Français des Conjonctures Économiques (Photo Le Parisien)

Dans le reportage précédent la discussion sur le plateau de « C dans l’air », Olli Rehn – le commissaire européen au affaires économiques et monétaires – n’a sans doute jamais autant mérité son surnom de « Rehn of terror » (« le règne de la terreur »). Le commissaire cache à peine sa déception dans son intervention accompagnant les commentaires de la Commission sur le budget Français pour 2014: la France n’a pas de marge de manœuvre, elle ne fait pas assez d’économies et ne s’attaque pas à son problème de compétitivité.

Cependant, comme l’explique Eric Heyer dans la foulée, les choses ne sont pas aussi simples, on peut intervenir sur l’économie de deux façons:

  • en faisant une politique dite « de l’offre », ce que « suggère » la Commission à la France, pour améliorer la compétitivité du pays en augmentant la productivité
  • en faisant une politique « de la demande », visant à relancer la croissance par la consommation

Mr Heyer précise que la politique de l’offre recommandée par la Commission Européenne se fait au dépend d’une politique de la demande. En effet, en faisant des économies budgétaires intenses (austérité, baisse des prestations sociales, baisse des subventions etc) cela affaiblit la demande.

La France fait face à une crise de la demande, c’est donc bien une politique de la demande qu’il faut faire et non une politique de l’offre.

Or, continue-t-il d’expliquer, aujourd’hui lorsque l’interroge les chefs d’entreprises sur leur principal problème, ils sont 80% à répondre que leur carnet de commande est trop faible. C’est donc bien une crise de la demande et non de l’offre à laquelle notre économie fait face. A Mr Heyer de recommander ensuite de travailler – à court terme – sur la demande plutôt que de faire une politique de l’offre contre-productive.

2/ Les moyens de réduire l’endettement

Un peu plus tard dans l’émission Eric Heyer prend le ton du professeur pour rappeler des notions d’économie de base.

Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut réduire l’endettement de l’État. C’est le plus sûr moyen de conserver la souveraineté de l’État. Le diagnostic est partagé. L’économiste rappelle simplement que l’on peut travailler à réduire une dette publique au travers de trois facteurs:

  1. le déficit
  2. l’inflation
  3. la croissance

La stratégie prônée par Bruxelles se limite au premier facteur de réduction de l’endettement: résorber le déficit des États. Seulement c’est aux dépends des deux autres facteurs: croissance et inflation.

Et la stratégie prônée par Bruxelles se limite au premier facteur: résorber le déficit des États. Seulement Mr Heyer rappelle à quel point s’acharner à réduire le déficit trop rapidement annihile les perspectives de croissance et rapproche dangereusement de la déflation (horizon terrible de moins en moins improbable pour l’Europe). Ainsi, en travaillant uniquement sur le premier levier dans un sens, on fait bouger les deux autres dans la mauvaise direction. Et à trop vouloir résorber les déficits étatiques on ne va pas réduire la dette publique, car la croissance ne viendra pas et la déflation réduira les efforts à néant.

3/ La part de la fonction publique dans les dépenses publiques

La plupart des invités de C dans l’air se font le relais des exhortations de la Commission Européenne à réduire les dépenses publiques en France, au motif que ramenées au PIB celles-ci sont largement supérieures aux dépenses publiques des autres pays de l’OCDE. Les téléspectateurs ont alors souvent droit aux sempiternels refrains sur les économies à faire dans la fonction publiques (jugée inefficace), sur la nécessité du retour à la suppression d’un fonctionnaire sur deux, et sur les coupes budgétaires à mener.

Eric Heyer rappelle tout de même un élément qui change tout: si l’on prend seulement la part de la fonction publique dans les dépenses de l’État Français celle-ci n’est pas supérieure à celle des autres pays. La France a une fonction publique qui lui coûte la même part de PIB que l’Allemagne et occupe une position Européenne médiane (10ième rang).

 Ce qui fait que la France a des dépenses publiques plus élevées que les autres pays de l’OCDE, ce sont ses dépenses en prestations sociales, pas le coût de ses fonctionnaires.

En réalité, comme le détaille Mr Heyer, ce qui fait que la France a des dépenses publiques plus élevées que les autres pays, ce sont ses dépenses en prestations sociales (retraites, maladie, chômage) et non pas la masse salariale de ses fonctionnaires.

La question à se poser est donc prioritairement celle l’efficacité des prestations sociales, avant de couper à tout va dans les budgets ministériels. Après, c’est aux Français de savoir ce qu’ils veulent… Car les autres pays n’ont bien évidemment pas tous un niveau de prestation sociale équivalent à celui fourni en France.

4/ La réduction du temps de travail a été générale au tournant des années 2000

Comme souvent lorsque les sujets du chômage ou de la crise de la dette publique sont évoqués, la discussion dérive vers l’inéluctable question des « 35 heures ». Et comme à chaque fois ou presque, la réforme du temps de travail est tenue pour responsable du « décrochage » économique de la France à partir de l’an 2000. Même si, comme le fait remarquer justement Yves Calvi, aucun gouvernement (pas même la Droite au pouvoir pendant 10 ans) n’est jamais revenu sur cette loi, elle est régulièrement considérée comme la responsable de tous les maux économiques de la France. A commencer par sa baisse de compétitivité, par rapport à l’Allemagne notamment.

Tous les pays de l’OCDE ont réduit leur temps de travail aux tournant des années 2000, mais seule la France l’a fait par la loi.

Une position partisane qui fait sourire Eric Heyer. Car, comme il le rappelle, tous les pays de l’OCDE ont connu une réduction du temps de travail au tournant des années 2000. La différence c’est que la France est le seul pays à l’avoir fait par la loi sur la durée du travail. L’Allemagne l’a fait, elle, en accroissant le taux du travail partiel. Une évolution du marché du travail souvent subie par le salarié (qui est en Allemagne plus souvent une salariée d’ailleurs). Avec les 35 heures, la solution française était d’opérer cette réduction du temps travaillé, de façon équitable et en permettant aux salariés de maintenir leurs revenus.

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