Et si Nicolas Sarkozy ne se représentait pas en 2012 ?

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Cela semblait totalement inconcevable il y a encore quelques mois. A force d’entendre les forces vives de la Droite répéter qu’ils n’avaient pas besoin de primaire et que Nicolas Sarkozy était le « candidat naturel » de l’UMP, on tenait pour acquis que le président se représenterait. Mais son entourage commence tout doucement – l’air de rien – à évoquer un possible désistement. Et si Nicolas Sarkozy ne se présentait pas pour la présidentielle ?

Nicolas Sarkozy, président de la République Française, le 21 Mai 2007

Sarkozy président, une histoire d'un soir de mai 2007 ?

Lundi matin Henri Gaino, conseiller spécial du président de la République, invité sur France Inter s’est montré très prudent face à Patrick Cohen qui lui demandait si François Hollande constituait un bon candidat pour Nicolas Sarkozy. Il a ponctué sa réponse d’un « Nicolas Sarkozy, s’il décide de se représenter » en insistant bien sur cette deuxième partie de phrase. Depuis quand Sarkozy envisage-t-il de ne pas faire campagne en 2012 ? C’est nouveau ça ! Cohen en était d’ailleurs tout surpris, et il a pris soin dans la suite de l’interview, de mettre la formule de réserve ainsi consacrée avant chacune de ses questions sur le « candidat » Sarkozy.

Rédacteur de nombre de ses discours (NDLR: dont celui de Dakar) M. Gaino est réputé très proche du président. On peut donc supposer qu’il est correctement informé de ses intentions et sa remarque au journaliste n’est peut-être pas tout à fait anodine. Surtout qu’à bien y réfléchir Nicolas Sarkozy pourrait avoir de nombreuses raisons pour jeter l’éponge.

  • Une série d’évènements particulièrement défavorables : ces derniers mois le candidat Sarkozy a enchainé les mauvaises nouvelles. Après la montée de Marine Le Pen au dépend de la droite dans les sondages au printemps, il a perdu le Sénat à l’automne validant ainsi le fait que la droite ait perdu toutes les élections intermédiaires depuis 2007. Dans la foulée, les primaires socialistes sont un gros succès populaires avec plus de 3 millions de participants, et elles consacrent la victoire de François Hollande, le candidat que les sondages donnent le plus dangereux pour Sarkozy… A vrai dire, seul le désistement du centriste Jean-Louis Borloo est venu lui mettre du baume au cœur après cette avalanche d’évènements négatifs. C’est bien maigre.
  • L’usure d’un mandat difficile : dans ces dernières apparitions Nicolas Sarkozy est apparu très fatigué. Il semblait usé par un mandat particulièrement difficile (peut être même l’un des plus difficile de la cinquième république), avec deux crises économiques d’envergure mondiale à gérer. Comparé au précédent mandat de Jacques Chirac, le président peut s’estimer pas franchement aidé par la conjoncture. De plus il sait qu’il ne pourra plus revendiquer la « rupture » comme il l’avait fait en 2007 et que son bilan de président sortant est objectivement dure à défendre avec la crise. L’opposition aura le beau jeu pendant toute la campagne.
  • La perspective d’une opposition forte : même s’il gagne l’élection présidentielle, l’ancien maire de Neuilly sait qu’il devra composer pendant 5 ans avec une opposition forte. Le Sénat qui vient de passer à gauche ne lui fera pas de cadeau et il n’aura qu’une faible majorité à l’Assemblée Nationale (si ce n’est pas la minorité) selon les prévisions. Il s’embarque donc probablement pour un mandat « galère », avec une situation de cohabitation quasi ingouvernable alors que le contexte économique exigera des décisions rapides et tranchantes.
  • La peur de l’échec : tout le monde s’accorde à dire que Nicolas Sarkozy est un « battant », mais est-il kamikaze ? Ira-t-il au casse-pipe si la situation en Mai est (quasi) perdue d’avance ? Qu’aurait-il à gagner à s’embarquer dans une aventure aussi risquée, lui à qui tout a réussi jusqu’à présent ? Un retrait, même que temporaire, pourrait au contraire lui être très profitable. Il pourrait préparer sereinement un retour en héros « sauveur de la Droite » qui n’aurait pas su gagner sans lui. Ce quinquennat s’annonçant économiquement difficile, il n’est peut être pas stupide de le « laisser » à la gauche – donnée gagnante – pour mieux le lui reprendre en 2017.
  • Il n’est peut être pas (plus) le meilleur candidat pour la droite : le président sortant n’est peut être plus le candidat qui a le plus de chance de faire gagner la droite. C’est en tout cas le raisonnement qu’on de plus en plus de gens à l’UMP, surtout en analysant les raisons de la fuite des électeurs lors des élections intermédiaires. Sarkozy n’est plus aussi légitime qu’en 2007. Un François Fillon ou un Alain Juppé pourraient avoir plus de chances de battre François Hollande que le président sortant… Et le retour en force des chiraquiens, matérialisé par la nomination de Juppé au quai d’Orsay en Février, a déjà initié cette tendance de « retour au classique ».
Nicolas Sarkozy envisage de renoncer à l'élection présidentielle

Le moment de jeter l'éponge ? (Image Rai)

La politique intérieure est aujourd’hui bloquée jusqu’à la présidentielle. La majorité au Sénat ayant changée, le président ne pourra pas passer de loi majeure pour espérer améliorer son bilan d’ici mai 2012 (le Sénat n’a certes pas le dernier mot sur l’Assemblée, mais il a le pouvoir de retarder les lois, ce qui bloque inéluctablement le processus législatif jusqu’à l’élection). Il ne lui reste donc plus que la politique extérieure pour « se refaire ». En ce sens, après la victoire assurée en Libye, le sommet Européen de la fin du mois suivi par le G20 de Novembre à Cannes sont des échéances ultra-importantes pour le candidat Sarkozy. Seulement la France n’a sans doute pas les moyens de forcer une décision importante dans ces instances, même si le G20 est probablement son dernier espoir de faire un dernier coup d’éclat avant d’entrer en campagne. Gageons que l’issue du G20 sera l’ultime échéance permettant au président de prendre sa décision.

Pour terminer de valider la crédibilité de l’hypothèse, rappelons que certains « quadras » de droite (comme Xavier Bertrand Ministre du Travail ou Jean-François Copé secrétaire général de l’UMP) se positionnent de plus en plus ouvertement pour la présidentielle de 2017. En cas d’annonce d’un désistement de dernière minute de Nicolas Sarkozy, ils seraient probablement tout heureux de changer leur fusil d’épaule et de se rabattre sur l’élection de 2012.

Quoiqu’il en soit si Nicolas Sarkozy décidait réellement de ne pas se représenter en 2012, il mettrait sérieusement son camp en difficulté. D’une part parce qu’il est désormais trop tard pour organiser une primaire à Droite, et ensuite parce l’on risque de se bousculer au portillon pour lui succéder, tant il a régné en autocrate sur son parti ces dernières années (Sarkozy n’a pas de dauphin). Des difficultés de manque de leader qui était ces dernières années l’apanage de la Gauche.

Alors quel était le but de la petite phrase de Gaino hier matin ? Était-ce un  ballon d’essais destiner à sonder les citoyens ? Une menace pour re-fédérer son camp autour de Sarkozy ? Ou bien le début d’une campagne de communication pour préparer l’opinion à l’idée qu’il ne se représente pas ? Nicolas Sarkozy pourrait ainsi se retirer prochainement de la course à la présidentielle avec les honneurs, en expliquant par exemple qu’il a besoin de se consacrer à sa famille et à l’enfant à venir avec Carla.

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16 réponses à Et si Nicolas Sarkozy ne se représentait pas en 2012 ?

  1. umpkilla dit :

    Pour confirmer ce qui est dit :
    http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/10/19/sondage-hollande-l-emporterait-par-62-contre-38-pour-nicolas-sarkozy_1590120_823448.html#ens_id=1402952
    Sondage : Hollande l’emporterait par 62 % contre 38 % pour Nicolas Sarkozy
    Si le second tour de l’élection présidentielle opposait François Hollande à Nicolas Sarkozy et avait lieu dimanche prochain, le premier l’emporterait par 62 % contre 38 %, selon un sondage CSA (PDF) pour BFM-TV, RMC et 20 minutes publié mercredi 19 octobre, et réalisé par téléphone le 17 octobre auprès de 859 personnes inscrites sur les listes électorales. Parmi les personnes interrogées, 18 % ne se prononcent pas.
    Quant au premier tour, s’il avait lieu dimanche prochain, 35 % des sondés voteraient pour François Hollande, 25 % pour le président sortant et 16 % pour la présidente du Front national, Marine Le Pen. Le président du Mouvement démocrate François Bayrou est à 9 %, le candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon à 5 % et la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts, Eva Joly, à 3 %.
    D’après cette enquête, 59 % des personnes interrogées estiment que le PS sort « rassemblé et renforcé » de la primaire. Seules 25 % le jugent « divisé et affaibli ». Parmi les sympathisants de droite interrogés, 61 % souhaitent l’organisation d’une primaire à l’UMP.
    Concernant François Hollande, 65 % de l’ensemble des sondés considèrent son programme « plutôt de centre-gauche » contre 19 % « plutôt à gauche », alors que 16 % sont sans opinion.

  2. umpkilla dit :

    Je ne suis pas sûr que le retrait de Jean-Louis Borloo soit tant une bonne nouvelle que ça pour Nicolas Sarkozy. Je m’explique :

    Sarkozy ne dispose plus de personne pour capter ces voix du centre pour constituer un « réservoir » avant le second tour. Parce qu’il est évident que François Bayrou n’appellera pas à voter pour lui tandis-que son électorat reste profondément anti-sarkozyste. Donc dans la perspective d’éviter un « 21 Avril à l’envers » c’est bien que Mr Borloo ne se présente pas, mais encore faut-il que Mr Sarkozy puisse être suffisamment rassembleur pour récupérer les voix qu’aurait eu le centriste.
    Ce raisonnement est tellement d’actualité que l’UMP pousse en ce moment Hervé Morin à se présenter, avec le soutien du parti présidentiel, pour une mission « sous-marine » de captage d’électorat en vue du second tour. Mais Mr Morin est certes plus facile à contrôler que Mr Borloo pour la Droite, mais sans doute moins en mesure d’élargir l’électorat de Mr Sarkozy. A choisir, le président et son équipe auraient peut être préféré que Jean-Louis Borloo se présente…

  3. sebi dit :

    Hier soir Sarko a quand même bien donné l’impression qu’il entrait en campagne…

    • umpkilla dit :

      Oui mais à priori son intervention télé n’a rien changé sur l’opinion des Français.
      Voir ce sondage publié aujourd’hui qui accrédite François Hollande de 62% des voix au second tour contre 38% pour Nicolas Sarkozy (source Le Figaro). Selon les sondages Hollande bénéficie d’un formidable report de voix au second tour. Cela est du au rejet de la personne de Nicolas Sarkozy par nombre de Français.

      On peut aussi croire que le G20 (politiquement vital pour Sarkozy) ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices avec cette annonce de référendum Grec.

  4. dOd71 dit :

    Suggestion pertinente d’autant que Nicolas Sarkozy a toujours dit qu’il ne ferait qu’un seul mandat comme le rappel l’excellent film « La Conquête » de Xavier Durringer. Il lui attribue d’ailleurs les paroles suivantes (Nicolas Sarkozy s’adressant à des journalistes en marge d’une rencontre lors de sa pré-campagne électorale de 2007) :
    « Je vais vous donner un scoop […] De toutes façons moi j’y serai que pour 5 ans. Après je reprends mon métier d’avocat pour gagner de la thune. »

  5. dOd71 dit :

    Selon Claude Guéant il n’y a en revanche aucune ambiguïté sur la candidature de Nicolas Sarkozy:
    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/12/31/claude-gueant-ne-doute-pas-de-la-candidature-de-nicolas-sarkozy-en-2012_1624555_1471069.html
    Claude Guéant ne doute pas de la candidature de Nicolas Sarkozy en 2012
    Claude Guéant, le ministre de l’intérieur, n’a « pas de doute » sur la candidature du président Nicolas Sarkozy à un second mandat. Interrogé sur RTL sur le fait de savoir si M. Sarkozy, lors de ses vœux à la Nation samedi soir, donnerait des indices sur la date à laquelle il annoncerait sa candidature à un second mandat, M. Guéant a répondu : « Je ne sais pas. Pour ma part, je n’ai pas de doute qu’il soit candidat, je pense que peu de Français en ont ».
    « En tout cas, ce qu’il fait actuellement, c’est son métier de président à temps plein et je pense que personne ne comprendrait qu’il soit candidat avant d’être président en charge de tous les problèmes difficiles que nous avons à régler », a ajouté le ministre. Par ailleurs, M. Guéant a formulé des vœux de nouvel an pour les Français. « Le premier sera de dire aux Français qu’il faut qu’ils aient confiance en eux-mêmes. Curieusement, les Français se disent toujours pessimistes, or notre peuple est un peuple qui a un ressort formidable », a-t-il dit.
    « L’autre vœu, c’est qu’en 2012, ils fassent le choix de celui qui sera le plus apte à conduire le pays dans un environnement international qui restera troublé et difficile », a ajouté M. Guéant. « Il me semble qu’ils doivent choisir quelqu’un qui a l’expérience, qui a l’autorité internationale et l’énergie pour nous sortir des difficultés », a-t-il poursuivi.

  6. PandoraVox dit :

    Une du Monde 2 Janvier 2012

    A regarder de plus près la presse il semblerait bien que certains médias aient bien pris le parti de sa non-réélection.

    Il n’y a qu’à voir la une de LeMonde.fr cet après midi (2 Janvier 2012) :

    • En une on présente les vœux du président comme « pieux« . Il se fait donc des illusions. Voire manipule. Une façon de dire à la fois qu’il n’est pas capable et qu’en plus il se moque des Français
    • Dans le chapeau on sous-entend qu’il ne dit pas la vérité aux Français. « Pour convaincre [au sujet de la vérité] il faudrait qu’il y conforme ses actes.« 
    • Dans l’article suivant il n’a pas la carrure du candidat: « Sarkozy ne parvient pas à devenir candidat« 
    • Le troisième article sous-entend que la TVA sociale que propose le gouvernement n’est pas applicable : « Comment appliquer la TVA sociale« 
    • Ce qui est confirmé par le quatrième article soulignant que la Gauche, elle, y est opposée.
    • Enfin, le blog explique que le Président en est à utiliser « sa dernière cartouche« , faute de mieux. Ce dernier recours étant de faire appel à la dramatisation, ce qui est peu flatteur.
    • Pour couronner le tout, le dossier suivant fait état de son rôle dans le financement frauduleux dans la campagne de Balladur en 95.
    • Le tout renforcé par un article dédié aux accusations de Manuel Valls

    Le Monde a choisi son camp !

  7. juju dit :

    Voilà qui apporte de l’eau à votre moulin :
    http://fressoz.blog.lemonde.fr/2012/01/13/vendredi-noir-pour-nicolas-sarkozy/
    Vendredi noir pour Nicolas Sarkozy
    « Vendredi 13 janvier 2012 , vendredi noir pour Nicolas Sarkozy qui assurait aux Français le 31 décembre dernier : « ce ne sont ni les marchés, ni les agences qui feront la politique de la France. » Moins de quinze jours plus tard, réponse du berger à la bergère : la France perd son triple A. Standard and Poors a dégradé d’un cran la note de l’hexagone, tout en épargnant celle de l’Allemagne qui présente, elle aussi, un haut niveau d’endettement.

    Pour le président de la République, deux conséquences immédiates:

    Primo, son bilan le rattrape de la plus mauvaise manière, au moment où il tentait de le faire oublier par une inflation de projets comme la TVA sociale ou la taxe Tobin. Les 1300 milliards de dettes accumulées et la très faible croissance prévue cette année sanctionnent une forme d’impuissance française à sortir de la crise. Nicolas Sarkozy n’en est pas totalement responsable mais il est aux commandes depuis cinq ans. C’est lui le redevable.

    Deuxio, face à la crise européenne, la France et l’Allemagne ne jouent plus dans la même catégorie. L’une est plombée par le chômage et la quasi récession, l’autre affiche une croissance de 3 % en 2011. Deux A pour l’une, trois pour l’autre. Le couple est déséquilibré. L’Allemagne se voit dotée de la responsabilité historique de sauver la zone euro, et la France de l’obligation de ne pas décrocher si elle veut encore jouer un rôle

    La France à la remorque de l’Allemagne C’est le pire cas de figure dans une campagne électorale dominée par la thématique nationaliste et la tentation protectionniste.« 

  8. PandoraVox dit :

    Le détail de l’étude Ipsos pour Le Monde est disponible en ligne.
    http://www.scribd.com/fullscreen/78493187?access_key=key-w0w0r9hf1air9iy23g0

    Dont l’intéressante courbe comparée sur 8 mois :
    Etude Ipsos sondage présidentielle 2012

  9. umpkilla dit :

    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/24/nicolas-sarkozy-evoque-l-hypothese-de-sa-defaite_1633545_1471069.html#ens_id=1588921

    Nicolas Sarkozy évoque l’hypothèse de sa défaite
    Dans son esprit, il n’y a plus de place pour le doute : « En cas d’échec, j’arrête la politique. Oui, c’est une certitude. » C’est ce que Nicolas Sarkozy déclare, depuis quelques jours, quand on l’interroge sur l’hypothèse de sa défaite à l’élection présidentielle. C’est donc bien qu’il l’envisage comme possible en dépit des manifestations d’enthousiasme et des protestations de confiance qu’il multiplie devant ses visiteurs.

    « De toute façon, je suis au bout, ajoute le chef de l’Etat. Dans tous les cas, pour la première fois de ma vie, je suis confronté à la fin de ma carrière. » Celle-ci, ajoute-t-il, peut intervenir dans quelques mois ou dans cinq ans.

    M. Sarkozy veut montrer qu’il n’est pas accroché à son fauteuil élyséen. « Je ne suis pas un dictateur », aime-t-il à répéter en réponse à ceux qui, estime-t-il, le caricaturent en monarque républicain.

    Bien sûr, s’il devait arrêter la politique, il appréhende le changement de rythme et le manque des montées d’adrénaline que procure le pouvoir. Citant Pascal (1623-1662), il constate, devant ses interlocuteurs, que « l’homme est ainsi fait que tout est organisé pour qu’il oublie qu’il va mourir ».

    Mais Nicolas Sarkozy a changé ; il s’arrangerait d’une autre vie, veut-il croire. La politique lui aura tout donné : maire, conseiller général, président de conseil général, ministre de premier plan, président de la République enfin. Il aura tout connu : la jubilation qu’apportent les victoires, les meurtrissures des défaites, la sagesse qui découle des épreuves. Alors qu’attendre de plus de cette passion qui l’aura comblé ?

    Avant d’être élu président, M. Sarkozy méditait déjà sur l’usure du pouvoir. En 2005, le futur candidat fait son retour au ministère de l’intérieur, flanqué de Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités territoriales. Membre d’un gouvernement pour la première fois, M. Hortefeux, l’ami de toujours, joue les Rastignac. Sarkozy lui glisse : « Profites-en bien, c’est le meilleur moment ! » Celui où l’on parvient enfin à réaliser ses rêves, l’ambition d’une vie.

    « Nicolas Sarkozy n’a jamais eu une conception ludique du pouvoir. D’ailleurs, le mot devoir revient fréquemment dans sa bouche », observe M. Hortefeux. A lui aussi, M. Sarkozy a confié que, s’il était battu, il arrêterait la politique. Avec quelques-uns, l’ancien ministre veut le convaincre de reprendre l’UMP en cas de défaite. Mais le président n’en veut pas. « Vous voulez que j’anime des sections UMP ? Je ne mérite pas ça. Je préfère encore le Carmel, au Carmel au moins, il y a de l’espérance ! » a-t-il lancé à un autre.

    « DANS LE FUTUR, JE VOUDRAIS GAGNER DE L’ARGENT »

    En mai, le chef de l’Etat aura 57 ans, un âge où tout est encore possible pour celui qui se sent jeune, surtout depuis qu’il est père à nouveau. En 2017, il en aura 62. Il observe avec attention les parcours des anciens grands de ce monde. De nombreux dirigeants ont donné des conférences internationales, mais en anglais, langue qu’il parle mal, tandis que l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, proche de Vladimir Poutine, s’est reconverti chez le géant russe de l’énergie Gazprom.

    Le chef de l’Etat n’a jamais caché son goût de l’argent. Abordant le sujet de la rémunération des banquiers, au G20 de Cannes, en novembre 2011, le chef de l’Etat avait lancé aux grands de la planète : « Moi aussi, dans le futur, je voudrais gagner de l’argent », avant de critiquer « l’immoralité » dont font preuve, selon lui, les financiers.

    Martin Bouygues lui aurait proposé plusieurs fois de rejoindre son groupe, selon M. Hortefeux. « Je suis avocat, j’ai toujours eu un cabinet et je suis passionné de tas de choses, explique aujourd’hui le président à son entourage. En tout cas, je changerai de vie complètement, vous n’entendrez plus parler de moi ! »

    « COMMENCER MES SEMAINES LE MARDI ET LES FINIR LE JEUDI SOIR »

    Il rêve à voix haute d’une vie plus douce, moins usante. « Je peux voyager, prendre des responsabilités, commencer mes semaines le mardi et les finir le jeudi soir ! Franchement, ça ne me fait pas peur », dit-il. « Il imagine sa vie d’après la politique comme plus agréable. Pas plus intéressante, mais plus agréable », résume M. Hortefeux.

    Sarkozy, l’homme qui veut agir, a toujours prétendu vouloir un jour prendre le temps de vivre. Au début de son mandat, revenant de Hongrie, le 14 septembre 2007, il s’était mis à rêver. A imaginer tout ce qu’il aurait pu faire s’il était resté flâner deux jours à Budapest, où il venait de faire une visite éclair, vendredi 14 septembre : une promenade à cheval en forêt, les bains, un concert. S’il avait pris le temps. « Mitterrand voyageait au bon plaisir. Je ne critique pas. Je voyage pour faire », déclarait-t-il à ses interlocuteurs.

    Comme tous les présidents, M. Sarkozy est desormais soucieux de la trace qu’il laissera dans l’histoire. Et il en est convaincu :  » Si l’on veut être aimé dans le futur, il faut couper. »
    Arnaud Leparmentier et Vanessa Schneider

  10. juju dit :

    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/31/apres-l-interview-televisee-du-president-hollande-accroit-son-avance-selon-l-ifop_1636680_1471069.html

    Après l’interview télévisée du président, Hollande accroît son avance, selon l’IFOP
    « […] Selon cette enquête, la première réalisée après l’intervention du président, dimanche soir à la télévision, le candidat socialiste gagne trois points à 31 % tandis que Nicolas Sarkozy ne progresse que d’un demi-point à 24,5 %. La candidate du Front national Marine Le Pen, qui complète le podium avec 19 %, et le candidat centriste François Bayrou, quatrième avec 11,5 %, reculent tous les deux d’un point par rapport à l’édition précédente du même sondage, le 14 janvier.
    « On a un effet Hollande, alors qu’on attendait un effet Sarkozy », indique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP, sur Europe 1.fr. Pour le second tour, la poussée de François Hollande se confirme. Il gagne un point à 58 % tandis que Nicolas Sarkozy en perd un à 42 %.
    […] »

  11. PandoraVox dit :

    Comme l’explique un sondage Ipsos pour Le Monde, Sarkozy monte mais Hollande aussi:
    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/02/07/sarkozy-et-hollande-prennent-le-large-dans-les-sondages_1639682_1471069.html#ens_id=998385

    Quand au second tour on a toujours un écart monstrueux:
    – Hollande 59%
    – Sarkozy 41%

    Sondage 2012 Sarkozy Hollande

  12. sebi dit :

    Et bien ça y est !
    C’est fait !
    Il s’est finalement présenté. PV aura eu tord même si c’était bien tenté 😉 …
    Les questions maintenant sont:
    – Nicolas Sarkozy aura-t-il eu raison de se représenter ?
    – Quelqu’un ferait-il mieux que Nicoals Sarkozy pour faire gagner la droite en 2012 ?

  13. PandoraVox dit :

    Suite du sondage Ipsos pour Le Monde, 15 jours après.
    La déclaration du candidat Sarkozy et la médiatisation qui s’en est suivie ne change rien.
    Le candidat Sarkozy ne bouleverse pas les sondages
    http://sondages.blog.lemonde.fr/2012/02/21/353/

    Sondages présidentielle après déclaration de Nicolas Sarkozy

    Quant au second tour on a toujours le même écart:
    – Hollande 59%
    – Sarkozy 41%

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