Les Allemands s’en sortent-ils mieux face à la crise ?

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Malgré la crise Européenne, l’Allemagne emprunte a des taux toujours plus faibles, son « spread » avec les autres pays Européens explose, tandis que le chômage n’a jamais été aussi bas depuis 20 ans outre Rhin… Toutes les statistiques économiques allemandes s’améliorent à mesure que la crise empire dans le reste de l’Europe. Mais pourquoi donc les Allemands s’en sortent-ils mieux que les autres ? Profitent-ils de la crise ? Et surtout est-ce seulement une impression ou la réalité ? Parce qu’avant que toute l’Europe ne se mette à suivre le chemin du « bon élève » Allemand, il faudrait être sûr que la solution fonctionne et puisse être transposée.

1/ L’Allemagne fait de l’austérité depuis 15 ans

Les spécialistes nous répètent à longueur d’interview que les Allemands « ont déjà fait les efforts nécessaires« . Comprenez qu’ils ont déjà mis en place des politiques de rigueur budgétaire ces dernières années, alors que les autres pays dépensaient sans compter.

Jean de la Fontaine, la Cigale et la Fourmi

La fourmi Allemande n'est pas prêteuse...

Et c’est effectivement le cas: dès la fin des années 90, plombés par le coût de la réunification, les comptes publics Allemands sont dans le rouge. C’est pourquoi de gouvernement Gerhard Schröder a mis en place durant son premier mandat une réforme de la fiscalité et a refondu le système des retraites dans le but de réduire le déficit public. Mais ces réformes n’ont pas suffit, ce qui a conduit le chancelier a poursuivre les efforts dès sa réélection avec son « Agenda 2010 » et les quatre lois Hartz votées entre 2002 et 2004 destinés à réduire les dépenses publiques de l’État Providence.

C’est la raison qui conduit les observateurs à présenter l’Allemagne comme la « fourmi » prévoyante, tandis que les autres pays – France en tête – ne sont que des « cigales » trop promptes à ne pas se soucier de l’avenir. Mais la vision est réductrice, car c’est bien parce qu’il y a eu des « cigales » dans le reste de l’Europe pour consommer les produits Allemands et alimenter en croissance la Zone Euro, que les efforts des « fourmis » Allemandes ont payés. En effet, la république fédérale allemande voit son économie tirée par de très importantes exportations qui dopent sa balance commerciale. Exportation qui pour une large partie son à destination de la Zone Euro… C’est donc grâce aux autres pays Européens qui n’avaient pas de politique d’austérité, et qui donc consommaient au maximum (à crédit) une large partie des produits d’exportation Allemands, que le plan d’austérité Allemand a fonctionné. L’Allemagne a ainsi conforté ses positions économiques grâce à son excédent de balance commerciale.

Il y a deux conclusions à tirer du succès de la politique de rigueur allemande de ces dernières années:

  1. Si chaque pays fait de l’austérité dans son coin, cela ne profite à personne et ça tue la croissance de façon généralisée. On ne crée pas de la croissance en réduisant les dépenses de partout. Il est donc illusoire de croire que des politiques d’austérité sont la solution pour les pays subissant actuellement la crise de la dette. Par quel miracle l’austérité généralisée pourrait-elle soutenir l’activité économique ?
  2. La crise des autres pays finira par atteindre l’Allemagne un jour au l’autre. Même si ce ne sera probablement que dans un second temps. Car si tous leurs voisins Européens font de la rigueur parce qu’ils sont en crise, l’économie allemande perdra ses débouchés européens, et ses exportations vers le reste de l’Europe vont chuter. Peut être est-ce là la raison du lent fléchissement de la position d’Angela Merkel depuis 6 mois, qui l’a conduit à accepter finalement de venir en aide à la Grèce et à l’Italie.

2/ L’euro fort arrange (surtout) l’Allemagne

Angela Merkel peut être contente, la crise dope les indicateurs économiques Allemands

Angela Merkel peut être contente, la crise dope les indicateurs économiques Allemands

L’autre « bouclier » anti-crise utilisé outre-Rhin est la surévaluation de l’Euro. Cet euro fort qui pénalise tant les économie Française, Grecque, Italienne ou Espagnole est pour l’Allemagne un puissant levier pour créer de la richesse. Et c’est la raison pour laquelle Angela Merkel s’oppose systématiquement à une intervention pour diminuer la valeur de l’Euro.

Un Euro fort favorise les importations depuis l’extérieur de l’Europe et pénalise les exportations vers le reste du monde, tandis qu’il n’a pas d’influence sur les échanges intra Zone Euro. Cette situation est profitable à l’Allemagne sur bien des aspects:

  • L’Allemagne importe massivement du reste du monde. Dans ce cas de figure un Euro fort lui permet de payer moins cher ses importations. Et elle importe de pays extérieurs encore plus que ses partenaires Européens (la France est par exemple autosuffisante dans de nombreux secteurs comme l’alimentaire ou l’énergie), cette position d’euro fort est donc moins profitable aux autres pays Européens qu’elle ne l’est pour l’Allemagne.
  • L’Allemagne exporte des produits à forte valeurs ajoutés (automobile, services, machines-outils…), souvent classés dans le haut-de-gamme ou le luxe. Pour ce type de produit le prix a moins d’importance pour l’acheteur. Ses exportations vers le reste du monde sont donc moins pénalisées que celles de l’Italie, l’Espagne ou la Grèce qui exportent dans des marchés bien plus concurrentiels (tourisme, agriculture…)
  • L’Allemagne a une forte proportion de ses exportations vers la Zone Euro. Les transactions s’effectuant en euro constant, le cours de l’euro n’a donc pas d’importance. Ce qui est loin d’être le cas pour ses partenaires Européens, qui eux exportent beaucoup plus à l’extérieur de l’Europe et sont pénalisés par la surévaluation de l’Euro.
  • L’Allemagne est traditionnellement un pays d’épargnants (au contraire par exemple des USA ou des pays « du Sud » de l’Europe qui sont des champions du crédit). Une monnaie forte est plus intéressant pour une population d’épargnants: l’épargne est au maximum de sa valeur. En revanche une monnaie faible (comme le Dollar en ce moment) avantage les citoyens endettés. Les partenaires Européens des Allemands, très endettés – tant sur le plan de la dette publique que de la dette privée – auraient bien besoin d’un Euro plus faible.

En imposant un Euro surévalué à leurs partenaires le Allemands conduisent une politique économique que les arrange, mais celle-ci « étrangle » les autres économies et ne fait qu’aggraver la crise de la Zone Euro.

3/ La crise des autres pays profite à l’Allemagne

Si l’Allemagne bénéficie de taux d’intérêt à long terme très faibles, c’est parce que les « bunds » sont considérés comme les seuls actifs sans risque en Europe. Donc, par effet de bord, les difficultés des autres arrangent les Allemands (ce que reconnaît même le journal Der Spiegel outre Rhin).

Jean-Paul Fitoussi, directeur de recherche à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), va même plus loin dans La Tribune en évoquant des taux de crédit Allemands sous-évalués: « [L’Allemagne] profite indirectement de la situation financière difficile des autres pays de la zone euro, qui provoque un report des achats sur les titres allemands. Les taux d’intérêt sont donc, outre-Rhin, artificiellement bas.« 

Enfin, pendant la crise Grecque l’Allemagne a connut une embellie économique. Comme le confirme Le Figaro dans cet article consacré aux intérêts Allemands dans la crise de l’Euro, tous les indicateurs sont aux verts: hausse de la consommation, taux d’investissements, hausse des exportations, hausse des ventes aux détails etc…  Et le chômage n’en finit plus de chuter depuis 2009 passant de 8,2% à 6,8% soit le taux le plus pas depuis 1992 (Les Echos).

Si les chiffres de l’économie Allemande sont si bons, c’est donc aussi parce que les Allemands ont su tirer parti des opportunités créées par la crise de l’Euro.

4/ Au delà des apparences…

Alternatives Economiques, n°300, mars 2011

Alternatives Économiques, Mars 2011: faut-il imiter l'Allemagne ?

Nous avons vu les raisons qui permettent à l’Allemagne de doper son économie grâce à la crise de l’Euro. Intéressons-nous maintenant au deuxième volet de la question : faut-il suivre le modèle Allemand ?

Il a déjà été expliqué dans la première partie de cet article en quoi une rigueur généralisée en Europe ne constituait pas un plan de sortie de crise crédible (et ne ferait au contraire qu’aggraver la situation). Le modèle Allemand d’austérité n’est donc pas à copier en l’état.  Guillaume Duval va même plus loin dans un article pour Alternatives Économiques, il fait tomber le mythe d’une économie Allemande florissante. En analysant plus finement les indicateurs économiques Allemands, il décortique le revers de la médaille des plans d’austérité imposés par les gouvernements Allemands successifs depuis 15 ans. Il explique pourquoi la situation actuelle et les perspectives Allemandes ne sont pas encourageantes et en quoi les indicateurs économiques sont trompeurs :

« Croissance faible, inégalités et précarité qui explosent, investissement en panne, démographie catastrophique…, l’évolution récente de l’Allemagne ne ressemble pas à une success story à copier d’urgence. » (Guillaume Duval dans Alter Eco n°300)

Son analyse est l’occasion de découvrir une autre réalité de l’économie Allemande qui n’a rien d’enviable et n’engage pas à des lendemains qui chantent:

  • Le pourcentage des chômeurs indemnisés a chuté de 80 % en 1995 à 35 % en 2008 et toutes les personnes au chômage depuis plus d’un an ont basculé vers l’aide sociale.
  • Les entreprises allemandes ont développé des stratégies de délocalisation, particulièrement dans les pays d’Europe centrale et orientale, pour réduire leurs coûts. Les exportations allemandes contiennent ainsi une part croissante de composants importés. Cela n’a cependant pas nui à la valeur ajoutée produite sur le sol allemand, mais a pesé sur l’emploi peu qualifié et les négociations salariales.
  • Depuis le milieu des années 1990, il y a en Allemagne une baisse continue de la durée annuelle du travail. Ce développement du temps partiel fausse les statistiques du chômage. En Allemagne, un emploi sur trois n’est désormais ni à plein temps ni à durée indéterminée et un sur dix est un mini-job, c’est à dire des emplois à moins de 400 euros par mois non assujettis aux cotisations sociales salariées.
  • Au bout du compte, l’Allemagne est le pays de l’ex-Union européenne à quinze qui a créé le moins d’emplois depuis vingt ans.
  • Le pourcentage des emplois à bas salaires a progressé de 6 points au cours des dix dernières années et se situe désormais au même niveau que dans les pays anglo-saxons. 2,5 millions de personnes travaillent pour moins de 5 euros de l’heure dans un pays qui n’a pas de Smic (9 euros brut en France).
  • Etc…

Du point de vue des indicateurs économiques les Allemands s’en sortent incontestablement mieux que leurs partenaires Européens. Cela satisfait les agences de notations et les marchés financiers et c’est bénéfique à court terme. Seulement la réalité Allemande est que bien peu de citoyens profitent de cette embellie économique qui s’est construite au détriment des plus fragiles et des classes moyennes. Le pays est donc moins bien armé pour l’avenir, et le « matelas » sensé absorber les crises est aujourd’hui des plus minces. Ce qui a pour conséquence de limiter les perspectives de croissance futures, et ne laisse présager rien de bon quand l’Allemagne sera rattrapée par la crise qui touche ses voisins.

Le chemin de l’Allemagne n’est donc pas à suivre pour deux raisons: primo parce que son modèle d’austérité gagnante n’est pas reproductible dans un contexte de rigueur généralisée, et secundo parce que le plan Allemand s’est fait au dépend des populations avec une précarisation du travail et forte augmentation des inégalités.

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8 réponses à Les Allemands s’en sortent-ils mieux face à la crise ?

  1. umpkilla dit :

    En tous cas Hollande est contre les « remèdes Allemands » :

    Hollande s’oppose aux remèdes allemands pour l’Europe

    http://www.lepoint.fr/politique/hollande-s-oppose-aux-remedes-allemands-pour-l-europe-30-11-2011-1402475_20.php

    « Le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, s’est posé mercredi en opposant déclaré aux remèdes que la chancelière allemande entend administrer à la zone euro face à la crise de la dette, accusant au passage le président Nicolas Sarkozy de suivisme.

    Devançant le président français qui doit s’exprimer jeudi à Toulon sur la crise et l’Europe, François Hollande a profité d’une visite à Bruxelles pour critiquer le « modèle européen » qu’essaie selon lui d’imposer la chancelière allemande Angela Merkel avec le consentement de Nicolas Sarkozy.

    « Depuis plusieurs mois, c’est Mme Merkel qui décide et M. Sarkozy qui suit », a critiqué François Hollande.

    Or la chancelière allemande essaie, selon lui, « d’imposer un modèle européen qui n’est pas nécessairement le nôtre ».

    Et le candidat socialiste de s’insurger contre les propositions allemandes de changement des traités européens en vue d’un durcissement de la discipline budgétaire.

    « Je n’accepterai jamais qu’au nom du contrôle des budgets nationaux, au nom de la coordination des politiques budgétaires, la Cour de justice européenne puisse être juge des dépenses et des recettes d’un Etat souverain », a-t-il ainsi déclaré.

    Le sujet est au centre d’un bras de fer franco-allemand entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.

    Alors que Berlin refuse toute atteinte à l’indépendance de la Banque centrale européenne, M. Hollande a aussi appelé à « faire jouer à la BCE un rôle actif » car « elle peut intervenir massivement sur les marchés pour briser la spéculation ».

    Promettant de faire en sorte d’avoir « un rapport équilibré avec l’Allemagne » s’il était élu, François Hollande a estimé que l’amitié franco-allemande ne devait pas consister à ce que Berlin essaye « d’imposer ses propres règles ».

    « La responsabilité » de ce déséquilibre n’est pas tant celle de Mme Merkel, a-t-il jugé, que de M. Sarkozy, du fait de ses « renoncements ».

    Selon lui, cela tient notamment « à la faiblesse de la situation économique et financière de la France ».

    François Hollande a plaidé pour « un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance », pour « soutenir la croissance et l’emploi » en Europe.

    Quant à la chancelière allemande, François Hollande a mis son intransigeance sur le compte de ses propres élections en 2013: « Je comprends tout à fait qu’un certain nombre de contraintes pèsent sur elle, y compris dans sa propre majorité », a-t-il dit.

    Certains socialistes ont été plus directs encore à l’encontre de Mme Merkel, à l’instar d’Arnaud Montebourg, à l’aile gauche du PS, qui a accusé la dirigeante allemande de mener « une politique à la Bismarck » pour que l’Allemagne fasse « fortune » sur « la ruine » des autres pays de la zone euro.

    « Chacun doit se respecter, chacun doit comprendre l’autre », a commenté François Hollande, en réitérant qu’il « ne peut pas y avoir un pays qui veuille imposer ses vues aux autres ».

    L’eurodéputé Harlem Désir, numéro deux du PS, a lui aussi accusé le chef de l’Etat français d’avoir capitulé face à son homologue allemande, estimant que le discours de Toulon sera « une nouvelle supercherie ».

    Nicolas Sarkozy tient en « apparence un discours volontariste qui masque en réalité une série de renoncements imposés par l’Allemagne », a affirmé Harlem Désir.

    Outre les parlementaires socialistes européens, M. Hollande a multiplié les rendez-vous lors de sa visite bruxelloise.

    Lors de cettte journée marathon, il a notamment rencontré successivement la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, le socialiste belge Elio di Rupo pressenti comme prochain Premier ministre belge, le commissaire français Michel Barnier en charge du marché intérieur et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.« 

  2. sebi dit :

    La France n’a en revanche rien à envier à l’Allemagne en terme d’emprunt à court terme:
    Crise de la dette : la France reste un « émetteur souverain de référence »

    http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/12/20/la-france-reste-un-emetteur-souverain-de-reference_1620686_1581613.html#ens_id=1170028

    « Emprunter à taux zéro, c’est encore possible pour la France, en cette fin d’année. L’Agence France Trésor, chargée de gérer la dette de l’Etat, a émis le lundi 19 décembre 3,5 milliards d’euros de dette (bons du Trésor, BTF) à trois mois au taux moyen de 0,005 %, soit le plus bas taux accepté par le système d’adjudication. La semaine dernière, il atteignait déjà 0,22 %. A plus court terme, la France a également placé 1 milliard d’euros de BTF à deux mois au taux moyen de 0,05 %.
    L’émission de bons du Trésor à six mois (1 milliard d’euros) et à un an (1,5 milliard d’euros) bénéficie elle aussi de taux moyens très bas, respectivement 0,034 % et 0,176 %.
    L’Agence France Trésor évoque des « niveaux historiques. Cela indique que la France reste particulièrement demandée sur le segment de marché des BTF, donc de la dette à court terme. Elle reste un émetteur souverain de référence sur ce marché. »
    « 

  3. Ping : Le top 10 des mesures urgentes pour un plan anti-crise | Pandora Vox

  4. sebi dit :

    Pour appuyer l’article d’Alternatives Économiques, les résultats de la dernière étude de l’OIT (Organisation Internationale du Travail).
    http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/01/24/les-bas-salaires-allemands-seraient-a-l-origine-de-la-crise-en-zone-euro_1633684_1581613.html

    « La politique allemande de compétitivité par les salaires est épinglée. L’Organisation internationale du travail (OIT) y voit « la cause structurelle » de la crise en zone euro, dans un rapport publié mardi 24 janvier.

    « L’amélioration de la compétitivité des exportateurs allemands est de plus en plus identifiée comme la cause structurelle des difficultés récentes dans la zone euro », souligne l’institution onusienne basée à Genève, qui critique notamment les réformes engagées en 2003 par le gouvernement Schröder.

    Ces réformes ainsi que les gains de compétitivité de l’économie allemande sont régulièrement présentés par Berlin comme un modèle à suivre par les autres pays. Le président français Nicolas Sarkozy a notamment vanté le modèle allemand ces dernières semaines.

    « CROISSANCE SOUS PRESSION »

    L’OIT y voit au contraire un frein à la croissance européenne. « Les coûts du travail en Allemagne ont chuté depuis une décennie par rapport aux concurrents, mettant leur croissance sous pression, avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques », note l’organisation qui vise à promouvoir le travail décent à travers le monde.

    « Plus grave, les pays en crise n’ont pas pu utiliser la voie des exportations pour compenser la faiblesse de la demande domestique car leur industrie ne pouvait pas profiter d’une demande intérieure plus forte en Allemagne », ajoute l’OIT.

    DÉFLATION SALARIALE

    Dans un contexte de chômage élevé en Allemagne, les réformes Schröder ont eu pour effet de « réduire les revenus du bas de l’échelle (…), notamment dans les services où de nouveaux emplois, essentiellement à bas salaires, sont apparus ». Mais dans le même temps, « peu de choses ont été faites pour améliorer la compétitivité par le biais d’une progression de la productivité », selon ce rapport.

    « La politique de déflation salariale n’a pas seulement amputé la consommation, restée plus d’un point de pourcentage en retrait du reste de la zone euro sur la période 1995 à 2001. Elle a aussi conduit à un accroissement des inégalités de revenus, à une vitesse jamais vue, même durant le choc de l’après réunification », dénonce l’OIT, en faisant référence à des données récentes de l’OCDE sur le sujet. « Au niveau européen, cela a créé les conditions d’un marasme économique prolongé, car les autres pays membres voient de plus en plus une politique de déflation des salaires encore plus dure comme solution à leur manque de compétitivité », souligne le rapport.

    L’OIT estime par ailleurs que la contribution de la déflation des salaires en Allemagne dans la création d’emplois dans ce pays n’est même « pas si claire » : « Les récents succès à l’exportation doivent peu à cette politique salariale et s’expliquent d’avantage par l’orientation géographique des exportateurs allemands vers les marchés émergents dynamiques. »« 

  5. Ping : C dans l’air: merci Mr Bernard Maris ! | Pandora Vox

  6. Ping : PETIT LEXIQUE DE LA FINANCE DE MARCHE ET DE LA CRISE « Intelligence économique & financière

  7. Juju dit :

    Ce qui change surtout en Allemagne c’est la place des femmes sur le marché de l’emploi:
    http://library.fes.de/pdf-files/bueros/paris/08107.pdf

    Les femmes travaillent de façon beaucoup plus précaire, avec bien moins de dispositions pour les enfants, et un salaire bien moindre que les hommes, ce qui contribue à une faible natalité outre Rhin.

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