Le top 10 des mesures urgentes pour un plan anti-crise

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Crise des subprimes, crise des dettes publiques, crise de la Zone Euro… Les crises économiques se succèdent depuis 2008 et économistes comme dirigeants semblent bien incapables d’enrayer cette inéluctable fuite en avant. Les plans anti-crise succèdent aux plans de rigueurs, les fonds de sauvetage viennent épauler les plans d’aide aux pays endettés, mais la crise est toujours là, plus menaçante que jamais. Ces pseudo-solutions, toutes plus couteuses les unes que les autres pour les citoyens, se sont montrées inefficaces et paraissent même avoir aggravé le problème. Que doit-on faire aujourd’hui pour sortir durablement de la crise ? Pandora Vox présente ses vœux pour 2012: 10 propositions pour (enfin) sortir de la crise systémique.

Mesure n°1: En finir (pour de vrai) avec les paradis fiscaux

Malgré les déclarations de Nicolas Sarkozy, les paradis fiscaux « c’est (loin) d’être terminé« . Pour preuve ces chiffres publiés par les ONG spécialisées que nous avons relayés en Août: 50% du commerce mondial transite par les paradis fiscaux, l’évasion fiscale vers ces paradis représente en France 20 milliards d’euro par an, les Iles Caïmans (42 000 habitants) sont la cinquième place financière du monde… etc

Les grandes banques ont toutes des filiales dans les paradis fiscaux, ce qui leur permet d’y cacher leurs bénéfices. C’est aussi une façon de proposer à leurs clients – grandes sociétés ou riches particuliers – des solutions d’évasion fiscale. Régler le problème des paradis fiscaux ce serait une façon légitime de lutter efficacement contre le déficit public en s’attaquant à l’évasion fiscale.

Mesure n°2: Interdire le trading à haute vitesse

A quoi ça sert de pouvoir faire 100 opérations de trading par seconde ? Aujourd’hui sur les marchés modernes, on peut donner des centaines de milliers d’ordres valant des milliards de dollars en… 2 minutes. Comme l’explique cet article du Monde, ce trading à haute vitesse représentait 54% des échanges en 2010 et ne cesse d’augmenter. Cette course aux nanosecondes conduit même les grands opérateurs boursiers à louer à prix d’or des locaux à quelques mètres seulement des bourses, afin de gagner en proximité physique immédiate et que leurs ordres soient ainsi donnés encore plus rapidement que ceux de leurs concurrents…

L'agence de notation Standard & Poor's

L'agence de notation Standard & Poor's

L’indice Dow Jones Industrial Average avait ainsi chuté de 100 points en 2002 quand un courtier de la banque Bear Stearns avait entré par inadvertance un ordre de vente de 4 milliards de dollars au lieu de 4 millions (NDLR: il avait confondu le ‘b’ pour « billions » avec le ‘m’ pour « millions »). Vu la vitesse des opérations, plus de 600 millions de dollars d’actions avaient été échangés avant que l’erreur ne soit détectée…

Avec l’arrivée en force du trading à haute vitesse, et avec lui celle du trading algorithmique (la spéculation effectuée par des robots) les échanges boursiers se déshumanisent. L’écart entre les grandes institutions et les petits opérateurs se creuse.  Cela ne fait qu’encourager les fuites en avant et les effets moutonniers sans que personne ne maitrise le système. Et enfin, l’automatisation et l’accélération des processus de spéculation réduit les capacités de contrôle. Le trading automatique à haute vitesse n’a aucune utilité sociale, l’interdire c’est reprendre le contrôle des bourses, réduire les risques de krach et ré-humaniser les marchés.

Mesure n°3: Créer une agence de notation publique

Nous l’avons vu récemment les agences de notation ont un réel pouvoir d’influence sur les États. Qu’elles menacent par exemple de dégrader le triple A d’un état, et celui-ci est « obligé » de faire une politique d’austérité. Seulement le marché des agences de notations est très fermé: trois agences contrôlent 95% du marché, et elles sont toutes Américaines. Ces agences n’ont aucune justification à donner pour leurs notes et ne rendent de comptes à personne. Sensées être indépendantes, elles servent pourtant leur propre intérêt ou ceux de leurs principaux clients. A ce sujet les États ne rémunèrent pas les agences de notation pour leur « service » – au contraire des banques et des grandes sociétés. Comme chaque société à but lucratif, elles sont conduites à favoriser les meilleurs payeurs, qui ne sont donc jamais les états.

Vu leur influence croissante, il serait temps de créer une agence de notation véritablement indépendante. Et pour garantir cette indépendance il faudrait une agence à but non lucratif – autrement dit un organisme public – qui se baserait sur des critères objectifs et transparents pour évaluer la qualité d’une dette. Et pourquoi pas un organisme public de notation Européen ? Mais à condition que celui-ci soit transparent et dépende d’instances véritablement démocratiques (c’est à dire qu’il faut éviter de confier cette tâche à une énième branche occulte de la Commission Européenne) .

Mesure n°4: Rétablir le Glass-Steagal Act

Pour éviter que le krach de 1929 ne se reproduise, l’administration Roosevelt fit voter en 1933 le Banking Act, plus connu sous le nom de Glass-Steagal Act.  Sa principale mesure est d’obliger la séparation des banques de dépôts et des banques d’investissement. Cette loi a malheureusement été abrogée en 1999 sous la présidence de Bill Clinton. Cette décision a conduit a une accélération de la financiarisation de l’économie, à une fuite en avant vers l’attribution de crédits (trop souvent toxiques) et au final à la crise des subprimes de 2008.

La crise d’aujourd’hui ne fait que mettre en évidence la pertinence de séparation des activité bancaires. Cette obligation a protégé l’économie Américaine des krachs pendant près de 70 ans. Aujourd’hui nombreuses sont les voix qui appellent à un retour au Glass-Steagal Act aux États-Unis et à une législation équivalente en Europe. La séparation des banques de dépôts et des banques d’investissements est la meilleure façon de protéger l’épargne et de rétablir la confiance, tout en imposant la transparence des établissements financiers.

Mesure n°5: Autoriser  de nouveau les banques centrales à prêter directement aux états

En France la Loi n°73-7 du 3 janvier 1973 interdit à la Banque de France de prêter directement à l’État. Aujourd’hui la Banque Centrale Européenne (BCE), émettrice de l’Euro, a remplacé la Banque de France, et la loi a été transposée au niveau Européen, mais le principe a demeuré et reste l’un des fondements de la Zone Euro. Les états ne peuvent emprunter directement à la BCE. La BCE prêtent aux banques qui prêtent ensuite aux états. Sensée nous prémunir de l’inflation, cette loi a surtout abandonné aux banques le monopole du financement de l’État, et c’est l’une des raisons de l’explosion de la dette publique.

Si les états Européens pouvaient à nouveau emprunter auprès de la BCE – au taux proposé par la BCE – cela permettrait de limiter le cercle vicieux de la dette et d’éviter que les états ne se trouvent à la merci des banques et des attaques spéculatives des marchés. Dans le pire des cas, si la mesure parait trop révolutionnaire aux évangélistes du capitalisme qui nous gouvernent à Bruxelles, il faudrait au minimum que la BCE soit le prêteur en dernier ressort des états membres.

Enfin, si les états sont tentés de faire fonctionner la « planche à billet » (inconvénient souvent pointé par les adversaires de cette proposition) cela créera de l’inflation, qui n’est l’intérêt de personne. Ni celui des populations, ni celui des investisseurs. Le gouvernement responsable sera alors sanctionné, soit par les urnes, soit par les autres états membres. La Zone Euro se tire une balle dans le pied en s’imposant ce type de règle, que ses concurrents, Japonais, Chinois ou Américains, se gardent bien de respecter. Cela fait des millénaires que les états sont responsables de la création monétaire et gèrent leur propre endettement. Tant qu’ils ne créent pas plus de monnaie que leur croissance nationale ne le leur permet cela ne pose aucun problème (voir à ce sujet le film de Paul Grignon).

Mesure n°6: Mettre en place la taxe Tobin

James Tobin, prix Nobel d'Economie

James Tobin, prix Nobel d'Economie

La taxe Tobin est une proposition formulée par le prix Nobel d’Économie James Tobin. Elle consiste en une taxation des transactions monétaires internationales afin de ne plus inciter à la spéculation à court terme. Le taux choisi serait faible, de 0,05 % à 1 %. Cette mesure aurait alors un double avantage :

  1. Elle apporterait de la stabilité aux marchés: il y aurait beaucoup moins d’intérêt à ce qu’un titre change de main 100 fois par seconde s’il perd à chaque fois 0,05% de sa valeur
  2. L’argent collectée pourrait avoir une utilité sociale: il pourrait être utilisé pour financer les contrôles financiers, réduire la dette publique ou permettre de grands investissements

D’une certaine façon cette taxe est un prélèvement sur le capital, mais uniquement sur le capital spéculatif, pas le capital d’investissement.

Mesure n°7: Re-nationaliser la dette publique

La dette publique du Japon s’élève à hauteur de 220% de son PIB. C’est le record des pays développés. C’est deux fois plus que la France ou l’Italie et 70% de plus que la Grèce. Le plus étonnant c’est que cela ne lui pose pas plus de problème que cela. Le Japon n’a pas mis en place de plan d’austérité drastique comme en Italie, ni concédé un once de souveraineté comme a été obligé de le faire la Grèce. Pourquoi ?

Parce que ce sont les Japonais qui possèdent cette dette. Majoritairement des petits épargnants via des « Livret A » ou autres équivalents japonais. L’état Japonais a pour ces investisseurs toute leur confiance pour le remboursement, et ils ne jouent pas sur les marchés à spéculer à la baisse sur les titres de dette public japonais. L’État Japonais n’est donc pas étranglé en se voyant imposé des taux de remboursements complètement décorellés de la réalité comme le sont les états Européens du Sud (selon le mécanisme décrit dans notre article sur la crise Grecque). En France, comme dans la plupart des autres pays Européens, seul 50% de la dette est détenue par des nationaux (au mieux). Cela résulte d’une campagne d’internationalisation de la dette lancée il y a quelques années, comme l’explique cet article.

Lançons un vaste plan de re-nationalisation de notre dette ! Que les livrets A et les assurance vies des Français soient composés de dette Française, plutôt que de dette Grecque ou Italienne au gré du jeu de pression des banques pour obtenir de meilleurs taux. Que chaque pays Européen nationalise sa dette en privilégiant les petits porteurs. Les états gagneraient en indépendance vis-à-vis des marchés et les épargnants ne craindraient plus de perdre leur argent à la faveur d’une crise à l’autre bout du continent.

Mesure n°8: Dévaluer l’euro

Un Euro fort ne favorise que l’Allemagne, mais étrangle tous les autres pays de la Zone Euro. Cette asphyxie, due à la différence de modèle économique, tue à petit feu tous les pays d’Europe et finira de toute façon par atteindre l’Allemagne (voir à ce sujet notre article sur la spécificité du cas Allemand). Et puis l’Allemagne est peut être le seul pays à pouvoir raisonnablement encaisser un effort supplémentaire pour le bien de l’ensemble de la Zone Euro.

Les autorités financières n’ont certes pas directement la main sur le taux de change – comme c’est le cas en Chine ou aux États-Unis – mais l’intervention des institutions sur les marchés peut résulter en la chute du cours de l’euro. Il est donc tout à fait possible d’intervenir pour faire chuter le cours de l’Euro et donner un ballon d’oxygène aux économies Européennes les plus en périls.

Mesure n°9: Encadrer la spéculation à la baisse

Nous avons détaillé dans l’article sur la crise Grecque comment les états les plus fragiles sont victimes d’attaques spéculatives par l’intermédiaire de spéculations à la baisse ciblées sur leurs titres de dette souveraine. En annonçant que l’on redoute le défaut de paiement d’un État on augmente les taux auxquels il emprunte à court terme, cela finit par prendre des proportions décollées de la réalité, et la « prophétie » de défaut de paiement finit par s’auto-réaliser par voie de conséquence.

Pour limiter l’impact toxique de la spéculation à la baisse il faudrait plus la règlementer:

  • En encadrant les ventes à découvert: la vente à découvert est l’un des principes qui permet la spéculation à la baisse (cela est détaillé dans notre article expliquant la spéculation). Il faudrait interdire les ventes « à nu », c’est à dire sans avoir provisionné le titre avant la vente. Mais aussi limiter l’échéance des ventes à découvert, voire l’interdire sur les titres de dette souveraine. Tout en laissant la possibilité aux autorités des marchés de les suspendre à tout moment en cas de début de krach.
  • En interdisant les « CDS à nu »: le CDS ou Credit Default Swap est une couverture à la défaillance d’un titre de dette. Une sorte d’assurance en cas de non paiement de la dette. Un « CDS à nu », est un titre titre d’assurance au défaut de paiement vendu sans le titre de dette que le CDS assure. Posséder des « CDS à nu » fait qu’un opérateur peut avoir un intérêt extrême à provoquer un défaut de paiement

Mesure n°10: Mettre en place de véritables plans de relance

Plan de relance dde la croissance

Comment relancer la croissance ? Certainement pas par une politique de rigueur...

Pour terminer cette listes des mesures urgentes anti-crise, il faudrait absolument que les états Européens fassent des plans de relance synchronisés. Il faut que chaque pays réveille l’investissement, à commencer par l’investissement public, afin de relancer la croissance. Un plan coordonné au sein de la Zone Euro permettrait à l’économie de sortir de la morosité. Malheureusement, les mesures d’austérité et autres plans de rigueur adoptés ces derniers mois, font l’effet inverse et tuent la croissance de demain. Ils résultent de l’amalgame qui est fait par les dirigeants Européens entre dette publique d’investissement et déficit de fonctionnement. Autant il est urgent de réduire le déficit de fonctionnement, autant il est stupide d’arrêter d’investir au prétexte que cela crée de la dette. Cela ne fait qu’accentuer le ralentissement de l’économie.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Elle propose une voie de sortie de crise et a vocation à être complétée, commentée et ajustée. Mais ces mesures, à défaut d’être la solution idéale, auraient au moins le mérite de rendre aux pouvoirs publics et aux citoyens le contrôle sur l’économie, aujourd’hui confisquée par les marchés. Ce qui serait déjà un grand pas en avant vers la résolution de la crise.

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7 réponses à Le top 10 des mesures urgentes pour un plan anti-crise

  1. sebi dit :

    Comment en finir avec la crise ?

    Vaste question.
    Certains des leviers évoqué dans ce top 10 sont très intéressants. Il y a de la réflexion.
    Le problème c’est que ces solutions ne sont à « activables » au même niveau.
    Certains sont au niveau national (nationaliser la dette publique), d’autre au niveau Européen (dévaluer l’euro, autoriser la BCE à prêter aux Etats…) et enfin au niveau mondial (taxe Tobin, encadrer la spéculation et le trading, les paradis fiscaux…).
    Ce n’est donc pas aussi simple 🙂

    • PandoraVox dit :

      Effectivement, rien n’est simple.
      Et c’est pour cela que ces mesures ont été présentées comme des « vœux » 🙂

      Ce qu’il y a de rageant c’est qu’à force de présenter les crises économiques comme des catastrophes « naturelles » (il n’y a qu’à analyser le vocabulaire utilisé: « séisme », « tempête »etc…), on finit par nous persuader que c’est inéluctable et qu’il n’y a rien à y faire. Que la seule solution c’est de serrer les dents.

      Mais tout ceci n’est pas exact. La crise trouve largement son origine dans les déréglementations de ces 20 dernières années, dans la fin du Glass-Steagal Act, dans la financiarisation à outrance de l’économie, dans le recours systématique au crédit (public edt privé) pour soutenir la croissance, et dans cette fameuse loi de 73 qui a vu le début de dettes publiques inquiétantes.

      Cette crise est systémique (dans le sens « c’est une crise du système »). Tant qu’on aura pas compris cela on s’exposera à la reproduction de crises financières. Il est donc grand temps de se remettre à encadrer le système financier.
      Il a fallut du temps après le krach de 29, pour réaliser cela… Il faudrait être plus rapide cette fois-ci.

      Nouvelle année. Nouveaux espoirs. Il y a des solutions !
      C’était le message de ce post 🙂

  2. dOd71 dit :

    Il y a une mesure urgente à mettre en place pour sortir de la crise que vous n’évoquez pas, c’est celle des eurobonds.

    Que l’on ait un peu de solidarité Européenne, en mutualisant la dette à créer (sous des conditions validées par tous évidemment) ce serait pas mal.

    • sebi dit :

      Seulement pour le coup, si l’on autorise la BCE à prêter directement aux états (#5), il n’y a plus besoin d’eurobonds. La nouvelle dette sera mutualisée de facto: comme on a la même monnaie si un état fait créer trop de monnaie à la BCE, ce sont tous les autres qui partageront l’inconvénient de l’inflation générée…

  3. tout1savoir dit :

    Bonjour,
    En matière « d’anticrise » vous pouvez lire mes réflexions récentes sur mon blog aux adresses suivantes:

    http://tout1savoir.blog4ever.com/blog/lire-article-549867-3434420-revolution_dans_les_finances_publiques___.html

    http://tout1savoir.blog4ever.com/blog/lire-article-549867-3251042-n_est_il_pas_urgent_d_appliquer_des_programmes__ga.html

    Ainsi j’aurais apporté ma modeste contribution aux réflexions en cours !!

    SALUTATIONS

  4. umpkilla dit :

    La preuve que les plans d’austérité ne marchent pas, nous l’avons au Portugal. Ils ont pris des mesures drastiques et pourtant ils ont été rétrogradés par Standard & Poors. C’est un cercle vicieux.

    http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/01/17/malgre-les-efforts-consentis-l-horizon-reste-sombre-pour-le-portugal_1630817_1581613.html

    Malgré les efforts consentis, l’horizon reste sombre pour le Portugal
    « La dégradation de la note française par Standard & Poor’s, vendredi 13 janvier, a éclipsé celle du Portugal, pourtant source d’une inquiétude autrement plus importante pour l’avenir de la zone euro. La note du pays est en effet passée de BBB – (qualité moyenne inférieure) à BB (titre spéculatif, ou dans le jargon économique, « obligation pourrie »).

    Une dégradation « infondée », selon le Portugal, qui relevait alors « une série d’incohérences » dans les conclusions de l’agence de notation. « Standard & Poor’s semble avoir substitué son analyse individualisée par pays à une analyse systématique basée sur la zone euro, dont découlent des conclusions qui ne reflètent pas de manière adéquate les réalités nationales », détaillait le ministère des finances portugais, qui mise sur son programme d’austérité pour sortir le Portugal de la crise.

    NOUVEL ACCORD D’AUSTÉRITÉ

    Programme sur lequel le gouvernement portugais a cependant été obligé de rogner – et pas qu’un peu. Il a renoncé mardi 17 janvier, sous la pression des syndicats, à l’une de ses mesures phares, à savoir l’augmentation de la journée de travail de trente minutes dans le secteur privé, afin d’améliorer la compétitivité du travail.

    En contrepartie, le gouvernement a tout de même obtenu la suppression de quatre jours fériés et de trois jours de congés payés, ainsi que l’assouplissement des horaires de travail. L’accord, dont on ne connaît pas encore les détails, doit être signé mercredi.

    Ces réformes conditionnent l’obtention de l’aide exceptionnelle dont bénéficie le Portugal – au même titre que la Grèce et l’Irlande –, dans le cadre d’un plan de sauvetage européen. En mai, le pays a reçu un prêt d’un montant de 78 milliards d’euros, accordé par l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

    UNE RESTRUCTURATION DE LA DETTE « TRÈS PROBABLE »

    Pour le ministre de l’économie portugais, Alvaro Santos Pereira, l’adoption de ces mesures de rigueur sont une réussite. « Après des mois d’intenses négociations, le pays dispose d’un accord qui renforce la compétitivité de l’économie nationale, qui jette les bases de la croissance et qui préserve la paix sociale », a-t-il souligné.

    Ce n’est pas l’avis d’Anne-Laure Delatte, économiste à la Rouen Business School. Selon elle, « le Portugal entre dans une logique de déflation, c’est-à-dire une compression salariale, pour réduire le coût du travail. Automatiquement, le chômage va augmenter et la demande, se réduire. Cela peut durer très longtemps ».

    Standard and Poor’s prévoit ainsi une « quasi stagnation » du PIB en 2013 (+ 0,3 %), après une année de récession « sans précédent » (- 3,1 %). Mme Delatte se veut quant à elle encore plus pessimiste, estimant que « le risque d’une restructuration de la dette portugaise est à terme très probable ».

    « L’ESPAGNE REPRÉSENTE UN RISQUE PLUS IMPORTANT »

    « Selon le FMI, enchaîne-t-elle, l’histoire des crises de ce type montre que l’austérité budgétaire a permis de restaurer la croissance et la compétitivité d’un pays, dès lors que celle-ci était accompagnée d’une dévaluation de la monnaie. Or, ce n’est pas possible pour le Portugal, à moins de sortir de la zone euro ».

    Un avis partagé par Thomas Costerg, économiste à la Standard Chartered Bank. « Si un pays devait en sortir, ce serait probablement la Grèce ou le Portugal, qui ne se finance d’ailleurs plus sur les marchés », rappelle-t-il.

    Aujourd’hui, même si le risque représenté par le Portugal reste « important », « ce sont l’Espagne et, à terme, l’Italie, qui représentent le risque le plus important pour l’Eurozone, estime quant à elle Anne-Laure Delatte. Les banques européennes sont exposées à hauteur de 628 milliards d’euros au risque espagnol, alors qu’elles ne le sont que de 133 milliards au risque portugais », précise-t-elle.

    Signe de la méfiance des investisseurs pour le Portugal, le pays n’émet plus de titres d’une maturité supérieure à six mois depuis avril 2011, et ce en raison de taux d’interêts trop élevés. Dans ce contexte, l’émission, prévue mercredi, de bons du trésor à onze mois, apparaît comme un véritable test pour Lisbonne.
    Anna Villechenon
    « 

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