Crise Grecque, plan d’austérité et agences de notation, les dessous d’un scandale européen (2/2)

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Le 29 Juin de nouvelles mesures d’austérité drastiques ont été adoptées par le parlement Grec ce qui devrait permettre le déblocage d’un nouveau plan de sauvetage de l’Union Européenne et du FMI d’ici la fin de l’été. Déjà totalement asphyxiée par le plan de l’an dernier, la population Grecque encaisse mal ces nouvelles hausses d’impôts, ces réductions supplémentaires de dépenses publiques et les privatisations massives qui s’annoncent.  Pour justifier cela, on nous explique que « les Grecs ont assez triché » ou qu’ils « ont trop longtemps vécus au dessus de leurs moyens« . Le problème c’est que cette vision réductrice occulte les véritables scandales sur le fonctionnement des marchés des dettes publiques de zone euro. Analyse en deux volets expliquant en quoi ces plans d’austérité sont ni légitimes (1), ni efficaces (2).

NB : la première partie de cet article a été publiée la semaine dernière : Les vraies raisons de la crise de la dette publique grecque

Seconde partie

Le plan d’austérité, une fausse solution

1/ Ça n’a déjà pas marché la fois précédente

George Papandreou face au parlement Grec

George Papandreou en discours devant le Parlement Grec, Juin 2011 (AFP/Louisa Gouliamaki)

Nous avons étudié dans la première partie de ce dossier, pourquoi les plans d’austérité imposés à la Grèce n’étaient pas légitimes, tant la crise de la dette publique grecque est due à de multiples autres facteurs que ses seules dépenses publiques. Nous allons analyser à présent pourquoi on remet sérieusement en cause l’efficacité de ces mesures d’austérité, qui n’ont pour seul effet que de faire empirer la situation en imposant une terrible fuite en avant.

Ce plan d’austérité de Juin 2011 est le deuxième du nom pour la Grèce. Déjà en Mai 2010 le FMI et la zone euro avaient conditionné leur aide à la mise en place d’une première cure d’austérité. L’an dernier tous les deux mois le gouvernement grec annonçait des mesures plus drastiques, contraint par ses bailleurs de fond. Au final voici ce qui a été mis en place en 2010 (liste non exhaustive):

  • la suppression des 13e et 14e mois dans la fonction publique,
  • gel des salaires des fonctionnaires pendant trois ans
  • gel les pensions de retraite des fonctionnaires et des salariés du secteur privé
  • suppression du treizième mois dans le secteur privé, s’il est maintenu  c’est au prix d’une flexibilité renforcée des conditions de travail
  • la durée de cotisations retraites sera portée de 37 annuités à 40 annuités en 2015
  • ouverture de professions fermées
  • hausse de la TVA qui doit être portée à 23 %
  • augmentation des taxes sur les alcools, le tabac, les carburants et les produits de luxe

Un an après, l’efficacité du plan grec 2010 est contestée de toute part. Même au département des Affaires économiques et sociales de l’ONU, qui estime dans son rapport annuel sur la situation sociale dans le monde, que les politiques d’austérité comme celles menées en Espagne et en Grèce menacent l’emploi et mettent en péril la reprise économique. « Les mesures d’austérité prises par certains pays comme la Grèce et l’Espagne face à un endettement public excessif non seulement menacent l’emploi dans le secteur public et les dépenses sociales, mais rendent la reprise plus incertaine et plus fragile« . « Les gouvernements doivent réagir avec prudence aux pressions en faveur de la consolidation budgétaire et de l’adoption de mesures d’austérité s’ils ne veulent pas risquer d’interrompre le redressement de leur économie« . Ce rapport va même un peu plus loin en évoquant la pressions des créanciers sur les pays les plus faibles: « de nombreux pays en développement, notamment ceux qui bénéficient de programmes du FMI, subissent également des pressions pour réduire leurs dépenses publiques et adopter des mesures d’austérité » (source l’Expansion).

La vérité à moyen et long terme est que des cures d’austérité de cette ampleur sont un terrible coup d’arrêt pour l’économie des pays. C’est un frein brutal à la consommation et à la demande, et cela pousse les gens à épargner le peu qu’ils ont plutôt qu’à consommer, car plus personne n’a confiance en l’avenir. Dans ces conditions le pays plongent dans la récession, la croissance le fuit, et l’on arrive même parfois à des situations de décroissance. C’est ce qu’expliquent sans concession nos Économistes Atterrés dans leur livre:

« Il est faux d’affirmer que tout déficit public accroît d’autant la dette publique, ou que toute réduction du déficit permet de réduire la dette. Si la réduction des déficits plombe l’activité économique, la dette s’alourdira encore plus. » (Fausse évidence n° 5, les Économistes Atterrés)

2/ Les Grecs n’ont vraiment plus rien

Un an après la première cure d’austérité, on constate que les conséquences pour les Grecs ont été dramatiques. Les Grecs ont encaissés en 2010 en moyenne (salarié du public et du privé) une réduction de salaire de 20%, ils sont donc très nombreux à gagner aujourd’hui moins de 600€, et environ 40% de la population ne peut plus payer son l’électricité…

C’est dans ce contexte que l’on est en train de concevoir un nouveau plan d’austérité, malgré l’échec cuisant du précédent à rétablir la situation de sa dette. En vrac, au menu 2011, une nouvelle liste de mesures totalement démentes venant s’ajouter aux précédentes (projet du gouvernement grec, source Challenges):

  • Réduction du nombre de fonctionnaires sous contrat:
    • application sans exception du principe d’une embauche pour cinq départs et licenciements prévus: 150.000 suppressions d’emplois au total, soit plus d’un cinquième des effectifs publics.
    • Les fonctionnaires qui conservent leur poste devront travailler plus, en gagnant moins, ou parfois se mettre à temps partiel: la masse salariale publique doit être réduite de 20%.
  • Création d’un « impôt de solidarité » de 1 à 4%
  • Alignement des produits bénéficiant d’une TVA réduite à 13% au taux normal de 23%
  • Hausses des taxes sur le gaz, le tabac et les cartes grises des voitures
  • Hausses des taxes sur les signes extérieurs de richesse (yachts, piscines et voitures de luxe)
  • Durcissement des conditions d’accès aux allocations sociales et chômage
  • Réduction du montant de certaines pensions de retraite complémentaires
  • Déremboursement de certains médicaments et prestations médicales
  • Réduction des dépenses militaires
  • Réduction des investissements publics

Si certaines de ces mesures ne sont pas à jeter, comme la volonté d’imposer la tranche de la population la plus fortunée ou la réduction des dépenses militaires (NB: hors contrats intra-européen), dans le contexte actuel post cure 2010 où les grecs sont déjà exsangues, ce plan est une pure folie. Il va arrêter net l’économie hellénique et la Grèce mettra des décennies à s’en remettre. Elle est en train de devenir un pays en voie de dé-développement. Comment espérer que la croissance reparte dans ces conditions ? Le pire étant que pour les raisons expliquées ci-dessus cela ne règlera pas son problème de dette publique.

3/ Totalement asphyxiée, la Grèce est à vendre !

Manifestation devant le parlement Grec suite à l'adoption d'un nouveau plan d'austérité

Manifestation devant le parlement Grec, juin 2011 (AFP/Louisa Gouliamaki)

En parallèle des mesures 2011, le gouvernement grec prévoit aussi un nouveau plan de privatisation d’une envergure jamais vue.

En 2008 déjà, en pleine crise financière, Cosco Pacific, une entreprise chinoise, avait racheté le port du Pirée (l’un des plus grand port de Méditerranée)  pour 4,3 milliards d’euros en obtenant une concession de 35 ans (Le Figaro).

Pour 2011, comme l’explique ce calendrier fourni par l’état grec, le plan prévoit de récupérer 50 milliards d’euros en privatisant (ou en ouvrant le capital) des secteurs suivants :

  • Télécoms
  • Banques et banque postale
  • Ports et aéroport
  • Eau de Thessalonique et d’Athènes
  • Jeux (Loterie nationale, paris, hippisme, casinos…)
  • Énergie (Gaz, électricité, …)
  • Transport (chemins de fer, autoroutes,…)
  • la Poste
  • Systèmes de défense
  • Caisse de dépôt et consignation

Inutile de dire que toutes les sociétés du monde se lèchent les babines d’avance. Les géants nationaux Français et Allemands espèrent se tailler la part du lion parmi ces anciens services publics grecs. On frôle même le conflit d’intérêt quand les gouvernements Français ou Allemands conditionnent leur aide à la Grèce aux privatisations, alors qu’ils sont extrêmement liés ou même actionnaires des sociétés qui vont participer à la curée…

Dans tous les cas ces privatisations représentent une réelle perte de souveraineté pour la Grèce. Elle qui avait déjà une marge de manœuvre extrêmement réduite. Et les privatisations ayant rarement débouché sur des baisses de tarifs, les citoyens grecs n’ont donc pas fini de faire des efforts. Ou comment rendre totalement exsangue un pays déjà surendetté.

4/ Dans ces conditions, quelles (vraies) solutions pour la Grèce ?

Comme l’expliquent à Mediapart Aurélie Trouvé et Éva Joly ou bien les Économistes Atterrés dans leur livre*, la crise grecque aurait pourtant bien des solutions. Mais celles-ci sont surtout d’ordre institutionnel et au niveau européen. La zone euro et la Grèce feraient mieux de chercher des solutions dans la liste ci-dessous que dans des plans d’austérité aussi destructeurs qu’inefficaces.

  1. Autoriser la Banque Centrale Européenne (BCE) a prêter directement aux États: nous l’avons vu, les traités Européens depuis Maastricht interdisent à la BCE de souscrire directement aux émissions d’obligations publique des États européens. Ils imposent de passer par les marchés. Privés de la garantie de pouvoir toujours se financer auprès de la Banque Centrale, les pays du Sud ont ainsi été les victimes d’attaques spéculatives. Les marchés spéculent sur les dettes et travaillent avec les agences de notation pour mettre les États à genoux, de sorte que la dette s’emballe sans connexion avec la réalité. Emprunter directement à la BCE résoudrait le problème et éviterait aussi d’avoir recours à des plans de sauvetages. C’est la première urgence. Dans la foulée on pourrait aussi créer une banque de règlement européenne pour organiser les prêts entre pays Européens (proposition 19 des Économistes Atterrés)
  2. Rééchelonner voire annuler la dette grecque: il faudrait faire un audit complet de la dette publique grecque pour la rééchelonner sur une durée plus longue (type 30 ans), voire l’annuler pour les parties illégitimes. Cela a déjà été fait dans des pays en voix de développement comme l’Équateur. Il faut aussi renégocier les taux d’intérêt exorbitants des titres émis par les pays en difficulté depuis la crise.
  3. Harmoniser la fiscalité Européenne: comme expliqué dans la première partie de ce dossier la Grèce a un problème de fiscalité. De nombreux citoyens ou sociétés ne payent pas ou pas suffisamment d’impôts. Comme de nombreux pays européens la hausse de la dette publique grecque est due à une baisse des recettes publiques, conséquences de la contre-révolution fiscale des 15 dernières années. En organisant une réforme fiscale européenne, homogène pour éviter le « dumping », on s’attaquerait réellement au problème des déficits publics.
  4. Changer la façon de noter les dettes publiques: a minima, la note de la dette d’un état devrait résulter d’un calcul transparent (proposition 8 des Économistes Atterrés). L’oligopole actuel des agences de notations, ainsi que leur proximité avec les autres acteurs du marché qu’elles notent, entrainent des conflits d’intérêts trop nombreux et toxiques pour l’évolution des dettes publiques
  5. Aider la Grèce à s’attaquer à ses vrais problèmes: les vrais problèmes de la Grèce sont connus. Il ne s’agit pas des dépenses publiques, mais avant tout de la corruption, de l’économie souterraine, de la fuite fiscale… Commençons par mettre en place un cadastre par exemple, par faire payer des impôts aux plus fortunés, par traquer le travail au noir et la fraude fiscale etc… Ce qui n’est pas du tout la priorité des plans d’austérités qui auront supprimé 25% des fonctionnaires.

La vérité n’est donc pas aussi simple qu’on veut bien nous le faire croire. S’il est évident que la Grèce a besoin de se structurer et de s’organiser, les plans d’austérités n’ont pas pour objet de l’aider mais au contraire d’organiser le « pillage » du pays. Sans restructuration de la dette ils seront totalement inefficaces. La zone Euro aurait elle aussi besoin de réorganisation pour éviter les attaques spéculatives systématiques des marchés et des agences de notation complices contres ses États les plus faibles. En attendant ce sont les Grecs qui subissent des mesures drastiques et désespérées qui sont en plus totalement injustes. Avec ces plans d’austérité pour les années à venir la Grèce est tristement en voix de « tiersmondisation ».

*= Aurélie Trouvé est signataire du Manifeste des Économistes Atterrés.
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19 réponses à Crise Grecque, plan d’austérité et agences de notation, les dessous d’un scandale européen (2/2)

  1. Jose dit :

    Un accord a ete trouve a Bruxelles sur la dette Grecque, qualifie d´historique par Francois Baroin:
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/07/23/francois-baroin-l-accord-de-bruxelles-est-historique_1552016_3234.html
    « Les mesures adoptées sont historiques en ce sens qu’elles répondent à tout ce qui n’avait pas marché auparavant. Le premier programme de soutien à la Grèce était sans doute d’un coût trop élevé dans un calendrier trop serré.
    Celui-ci laisse à la Grèce du temps pour redresser ses comptes, se moderniser et retrouver le chemin de la croissance. Le fonctionnement du fonds européen de stabilité financière était trop limité. Il pourra désormais agir de façon préventive pour empêcher les attaques spéculatives. Il pourra également racheter de la dette sur le marché secondaire, le marché « de l’occasion », à bon prix. Les banques participent au sauvetage. Les gouvernements apportent leur garantie. Tout ceci a été approuvé par la Banque centrale européenne qui pourra continuer à refinancer les banques grecques. Il s‘agit bien de la naissance d’un fond monétaire européen.
    « 

  2. Pamir dit :

    Apres la Grece c’est au tour de Chypre ?
    http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/07/27/chypre-aura-t-elle-besoin-de-l-aide-de-la-zone-euro_1553212_3214.html#ens_id=1268560
    « Chypre est le dernier pays européen en date a avoir vu sa note souveraine abaissée par l’agence de notation Moody’s, passant de A2 à Baa1, faisant craindre que la petite île devienne le quatrième pays de la zone euro à demander un plan de sauvetage, après la Grèce, l’Irlande et le Portugal.« 

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  4. Jose dit :

    Voila que la France est attaquee a coup d intox aussi:
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/08/10/le-ministere-des-finances-dement-les-rumeurs-de-degradation-de-la-note-de-la-france_1558274_3234.html
    « L’entourage du ministre de l’économie a formellement démenti, mercredi 10 août, les rumeurs selon lesquelles les agences de notation pourraient dégarder la note AAA de la dette souveraine française. « Ces rumeurs sont totalement infondées et les trois agences, Standard’s and Poor, Fitch et Moody’s, ont confirmé qu’il n’y avait pas de risque de dégradation », a-t-on déclaré dans l’entourage du ministre des finances, François Baroin.
    Plus tôt dans la journée, les agences de notation Moodys et Fitch avaient réaffirmé la note AAA attribuée à la dette souveraine de la France, et ce avec une perspective stable.
    Ces rumeurs ont fortement pesé sur les actions des banques françaises, le titre Société générale chutant de près de 20 %.
    « 

  5. isidore dit :

    Même le FMI le dit !
    Le FMI appelle les Etats à ne pas tuer la croissance en luttant contre la dette
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/08/16/le-fmi-appelle-les-etats-a-ne-pas-tuer-la-croissance-en-luttant-contre-la-dette_1559960_3234.html#ens_id=1198047
    « La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a appelé lundi 15 août les Etats du monde entier, et en premier lieu les « économies avancées » à ne pas tuer la croissance en luttant contre la dette. « Le rééquilibrage budgétaire doit résoudre une équation délicate en n’étant ni trop rapide no trop lent », écrit Mme Lagarde dans une tribune publiée par le Financial Times et intitulée « Ne laissons pas le coup de frein budgétaire bloquer la reprise mondiale ».

    Pour Mme Lagarde, « l’effervescence actuelle des marchés (…) a ébranlé la confiance dans l’économie à travers le monde et a incité beaucoup de gens à conclure que toutes les possibilités politiques avaient été épuisées », mais « cette impression est fausse et pourrait conduire à la paralysie ».

    La directrice générale du FMI, qui a pris ses fonctions en juillet, assure ainsi la continuité du message de son organisation. Sous son prédécesseur, Dominique Strauss-Kahn, le Fonds monétaire plaidait en effet depuis plus d’un an pour que les pays avancés, qui ont vu leur dette publique s’envoler avec la crise financière apparue en 2007, mettent en œuvre des stratégies d’assainissement des finances publiques qui soient favorables à la croissance.« 

  6. sebi dit :

    Incroyable !
    La Grèce emprunte maintenant à 50% pour les obligations à 5 ans
    http://finance.blog.lemonde.fr/2011/09/13/europe-les-gouvernements-sont-ils-impuissants/
    « La situation de sa dette empire chaque jour et nous en sommes maintenant a une prime de risque de 50% par an pour les obligations a 5 ans. »

    Ce sont des taux qui n’ont jamais été atteints.
    Il y a des gens qui se gavent !
    Sans contrôle les marchés font bien ce qui veulent avec les pays endettés…
    Pauvre Grèce ! Berceau de la démocratie, te voici maintenant le jouet de la marchécratie.

  7. sebi dit :

    L’Eglise orthodoxe grecque ne participera pas à l’effort contre la crise
    http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/09/20/l-argent-tabou-de-l-eglise-grecque_1574772_3214.html#ens_id=1268560
    – L’Eglise et les monastères grecs ne paieront pas la très impopulaire nouvelle taxe immobilière décidée dans l’urgence, dimanche 11 septembre, par le gouvernement grec pour remplir les objectifs budgétaires imposés par les bailleurs de fonds du pays. « L’Eglise sera imposée sur les biens qu’elle exploite commercialement », précise toutefois un porte-parole du ministère des finances devant le tollé suscité par cette annonce. Seraient exemptés les lieux de culte et les organismes de charité. Mais les frontières sont parfois floues et les comptes de l’Eglise orthodoxe restent opaques.
    « Ses organismes ont un statut de droit public qui leur donne des avantages fiscaux importants. Ils sont tenus de publier leurs comptes, mais ne le font pas », explique Isabelle Depret, de l’Université libre de Bruxelles, auteur d’un ouvrage sur l’Eglise orthodoxe (L’Harmattan, 2009).

  8. dOd71 dit :

    A Athènes une pagaille monstre à cause de la grève dans les transports
    Athènes est au point mort mercredi 28 septembre, troisième jour de grèves dans tous les transports en commun. Paralysée, la capitale grecque est aussi en ébullition, alors que retraités, employés municipaux et taxis manifestent contre un durcissement de la rigueur dans ce pays en crise.
    Dans un centre-ville anormalement vide, des centaines de retraités ont défilé jusqu’au ministère des finances. Les protestations visent une nouvelle série de mesures fiscales, dont une taxe immobilière adoptée mardi soir par le Parlement, et de coupes additionnelles dans les pensions de retraite de plus de 1 200 euros. Ils ont brûlé, devant le ministère, des formulaires fiscaux.
    […]
    Les syndicats, tant de droite que de gauche, tout comme les initiateurs des rassemblements d' »indignés », ont toutefois jusque-là échoué à mobiliser massivement dans les rues. Une grève générale est toutefois prévue le 19 octobre dans le public et le privé.

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/09/28/greves-et-manifestations-paralysent-athenes_1578799_3214.html

  9. PandoraVox dit :

    Voici ce qu’en dit Jacques Delors dans son interview du jour au Monde :
    « Que pensez-vous des remèdes imposés à la Grèce ?
    On assiste au retour en force de l’esprit du consensus de Washington et des anciennes pratiques du FMI : « Apprendre aux pays en difficulté à mourir guéri ». En trois ans, la Grèce aura perdu plus de 10 % de son produit intérieur brut (PIB). Quel effort raisonnable peut-elle réaliser dans ces conditions pour réduire son déficit ?
    On lui demande de privatiser, mais qui ne connaît les vautours du marché ? Comment voulez-vous qu’un pays aux abois négocie au mieux ses privatisations ? Il aurait fallu mettre ses entreprises publiques dans une structure, les évaluer à un prix raisonnable, donner l’argent correspondant aux Grecs et consolider ces actifs et les vendre au bon moment. C’est du bon sens.
    Le sauvetage de la Grèce va être douloureux.
    En effet, ce pays n’est présent que dans peu d’activités économiques dominantes dans le commerce international. Son problème de compétitivité est donc très spécifique. Il faut en tenir compte, car sauver le soldat grec, c’est sauver l’euro. C’est le préalable.
     »
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/10/18/jacques-delors-denonce-le-coup-de-poker-de-sarkozy-et-merkel_1589753_3234.html#ens_id=1268560

  10. PandoraVox dit :

    Un référendum en Grèce pour décider du plan de sauvetage européen

    Le premier ministre grec Georges Papandréou a annoncé hier soir qu’il souhaitait consulter son peuple par référendum sur le plan d’aide Européen pour son pays. Cette déclaration a bien entendu pris de cours l’ensemble de la classe politique Européenne. Le président Sarkozy est « consterné » et les dirigeants Allemands fustigent l’inconséquence de la Grèce. De leurs coté l’ensemble des bourses Européennes s’écroulent. Le CAC40 perd par exemple aujourd’hui pas loin de 5% après avoir perdu plus de 3% hier…
    L’Europe craint surtout que le temps d’organiser le référendum (on parle de Janvier 2012), la Grèce fasse faillite.

    Le revirement de situation après la relative bonne nouvelle que constituait les accords de Bruxelles de la semaine dernière, plonge l’ensemble des acteurs de la zone euro dans l’embarra. Il semble que le premier ministre Grec cherche à sauver sa tête vis-à-vis de son opinion, le qu’il n’ait que modérément apprécié le chantage de ses partenaires Européens. On dit que c’est essentiellement l’Allemagne qui a rédigé les accords en les imposants à l’ensemble de ses partenaires, y compris la France. La condescendante Allemagne devrait prendre un peu plus le temps de la consultation au lieu de prendre ses collègues Européens pour ses obligés. Mr Papandréou cherche probablement à sauver ce qui peut encore l’être et à rendre à la Grèce sa dignité, au risque de faire tomber son gouvernement.

    Les accords de Bruxelles donnaient déjà une impression d' »Accords de Munich ». Accords à la sortie desquels nos politiques se félicitent d’avoir réussi à « calmer les marchés » alors qu’il n’ont en réalité qu’aiguisé leur appétit et avoué la faiblesse de leurs gouvernements (comme avec Hitler en 1938).

    Certains voit aussi en ce référendum une façon de rendre la Grèce responsable des évènements à suivre, elle qui a surtout été portée par les évènements depuis 2 ans. En attendant la question du maintien de la Grèce dans zone Euro se pose une nouvelle fois, dans une formule qui ressemble de plus en plus à du chantage. Que va devenir la Grèce pendant les 3 mois qui la séparent du référendum ? Surtout qu’il est très probable qu’ils votent non dans un mouvement de défiance par rapports aux évènements subis ces derniers mois…

    Dans tous les cas cet épisode met une nouvelle fois en évidence le déficit démocratique dont souffre actuellement la zone Euro en particulier et l’Europe en général. Parce que dans le fond, qu’y-a-t-il de scandaleux à demander au peuple Grec de choisir son avenir ? L’Europe a-t-elle peur que les citoyens grecs rendent un avis différent de celui de leur gouvernement ? Ce même gouvernement qui est sensé représenter son peuple… Il ne faudrait pas non plus oublier que c’est en Grèce qu’a été inventée la démocratie…

  11. dOd71 dit :

    Pour donner une idée de l’arrogance des Allemands face au problème Grec, cette une de « das Bild » : Enlevez l’euro aux Grecs !

    Une de das Bild

  12. dOd71 dit :

    La Grèce n’en a pas fini avec sa dette.
    Si aucun accord n’est trouvé rapidement, elle va faire faillite.
    http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/01/17/la-laborieuse-negociation-des-creanciers-de-la-grece-pour-eviter-le-defaut-de-paiement_1630096_1581613.html

    La laborieuse négociation des créanciers de la Grèce pour éviter le défaut de paiement
    Alors que l’Europe et ses partenaires économiques avaient les yeux entièrement tournés vers la perte du triple A français, vendredi 13 janvier, les observateurs avisés savaient qu’un drame autrement plus inquiétant était en train de se nouer du côté de la Grèce. Les acteurs du secteur privé, partie prenante des discussions autour de la décote de la dette hellénique, ont en effet claqué la porte des négociations au moment même où Standard & Poor’s infligeait de son côté une claque attendue et plutôt méritée à la France.

    Le plan d’échange de dette actuellement à l’examen doit permettre à la Grèce de ramener son endettement de 160 % à 120 % de produit intérieur brut (PIB) d’ici à 2020. Concrètement, il s’agit pour la Grèce de négocier avec ses créanciers un échange de titres à 5-10 ans contre de nouvelles obligations à 30 ans, moyennant une décote de 50 à 60 %.

    Le but des parties en présence est d’obtenir un accord volontaire des acteurs du secteur privé, faute de quoi la Grèce se précipite vers un défaut total de paiement : Athènes doit en effet rembourser 14,4 milliards d’euros de bons du Trésor arrivant à maturité le 20 mars. Une banqueroute qui sonnerait le point de départ d’une contagion massive de la crise grecque aux pays détenteurs de sa dette.

    DIVERGENCES SUR LES TAUX

    Sans accord, Athènes ne pourra obtenir le versement de la première tranche d’un nouveau plan d’aide européen – d’un montant de 130 milliards d’euros – qui doit lui permettre de faire face à ses échéances. Sur cette somme, 40 milliards – 10 de plus que prévu – devraient être affectés à la recapitalisation des banques, affaiblies par des retraits massifs d’argent depuis le début de la crise.

    Les discussions achoppent en particulier sur la question du taux d’intérêt des nouvelles obligations : les 5 % exigés par les banques – dont les négociations sont menées par l’intermédiaire du lobby mondial du secteur bancaire, l’International Institute for Finance – sont jugés excessifs par les autorités grecques, qui plaident pour un taux de 3 %. Ce chiffre est proche de celui que les négociateurs allemands préconisent (2 ou 3 %). Le FMI conseille de son côté un taux égal ou inférieur à 3,8 % pour que la dette soit soutenable.

    Mais plus le taux d’intérêt proposé aux banques est faible, moins les chances d’avoir un accord volontaire sont grandes. Et si ces différences de taux paraissent minimes, un ou deux points de plus sur un titre de dette à 30 ans représentent au final une masse financière importante.

    DÉFAUT PARTIEL OU TOTAL ?

    Si un consensus ne se dessine pas sur ce taux, le défaut de paiement menace les créanciers de la Grèce, avec des conséquences plus ou moins graves selon l’établissement touché. « Toutes les banques n’ont pas provisionné de la même façon face à leurs achats de titres grecs », rappelle Michel Baroni, professeur de finance à l’Essec. « Généralement, plus la banque est exposée, moins elle provisionne car cela [nécessite] de mettre de côté des sommes d’argent considérables, qui finissent par ‘plomber’ le bilan des banques ». « Mais nous sommes dans le cadre d’une négociation, souligne-t-il, et quand cette négociation est collective, tout le monde a intérêt à s’entendre. »

    Un avis partagé par Thomas Costerg, économiste chez Standard Chartered Bank : « Les investisseurs privés et les banques ont, il est vrai, un certain pouvoir de négociation dans la mesure où ils savent qu’un défaut affecterait la BCE, qui ne participe pas aux discussions actuelles ; mais ce pouvoir a des limites car il vaut mieux une perte partielle qu’une perte totale. »

    Selon lui, « les conséquences d’un défaut désordonné seraient assez graves : cela risque de miner la confiance des investisseurs et des particuliers – notamment dans les pays du sud de l’Europe, où les retraits des dépôts pourraient s’accélérer – et fait peser des risques sur le secteur bancaire européen, y compris dans des pays jugés solides, comme l’Allemagne ».

    UNE MENACE BIEN PLUS GRANDE QUE LA PERTE DU TRIPLE A

    Le ministre des affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, en visite à Athènes dimanche, s’est dit confiant sur l’issue des pourparlers. Le premier ministre grec, Lucas Papadémos, s’est lui aussi montré rassurant lundi, s’estimant « confiant sur (la) reprise (des négociations) et sur le fait que nous aboutirons à un accord », selon le texte d’un entretien accordé à la chaîne CNBC.

    Mais de son côté, le ministre des finances britannique, George Osborne, a jugé lundi que l’incertitude autour du cas grec était une menace bien plus grande pour la stabilité en Europe que l’abaissement des notes de neuf pays de la zone euro par Standard & Poor’s vendredi soir.

    Suspendues à la veille du week-end, les négociations devraient reprendre mercredi. Mardi, la Commission européenne, la BCE et le FMI – la fameuse « troïka » – seront de retour à Athènes et devront s’entendre sur un nouveau programme de réformes structurelles et budgétaires visant à remettre sur pied l’économie grecque au cours des quatre prochaines années.

    Car il ne faut pas croire qu’un accord obtenu sur la décote des titres grecs suffira à sauver le pays. « Un défaut ordonné est nécessaire mais insuffisant, juge Thomas Costerg, car les dépenses de la Grèce sont toujours supérieures à ses recettes : même si un accord est obtenu avec le secteur privé, la Grèce n’aura pas beaucoup plus de marge de manœuvre. Les agences de notation ont prévenu qu’elles ne relèveraient que faiblement la note du pays, ce qui ne lui permettra pas d’emprunter sur les marchés. Or là est l’enjeu : permettre à la Grèce de revenir sur les marchés à moyen terme. »

    LE RÔLE AMBIGU DE LA BCE

    Pour certains analystes, le rôle de la BCE dans l’échec – actuel – des négociations n’est par ailleurs pas négligeable. Principal détenteur de dette grecque, à hauteur d’environ 40 milliards d’euros, l’institution de Francfort ne figure toutefois pas à la table des négociations. « La BCE estime que s’il y a défaut de la Grèce, la responsabilité en est imputable aux politiques, estime Michel Baroni. En refusant d’assumer un rôle dans la faillite grecque, elle fait valoir son indépendance et laisse aux politiques le soin de résoudre la crise. »

    Pourtant, du fait de son exposition, la BCE serait concernée au même titre que les banques par un défaut grec. Dans une note de recherche publiée lundi, Larry Hatheway, économiste chez UBS, souligne à ce titre que les achats massifs de dette par les banques centrales comportent une part de risque : « Il est possible d’imaginer qu’une banque centrale essuie de fortes pertes, suffisamment fortes pour ronger son capital et menacer de fait sa recapitalisation », indique-t-il. Car une recapitalisation de la banque centrale pose de nombreux problèmes, essentiellement législatifs, et serait source de forte incertitude sur les marchés, souligne l’étude d’UBS.

    Dans le cadre de l’Union européenne, ce « sauvetage » devrait être opéré par les Etats membres, or ces derniers n’ont pas brillé par leur réactivité ces derniers mois.

  13. juju dit :

    Et voilà la Grèce de nouveau au bord du gouffre…

    Le pire c’est que c’était hautement prévisible. Il n’y a qu’à voir, cet article a presque un an et tout y est déjà.

  14. juju dit :

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/11/14/la-recession-s-accelere-en-grece_1790257_3234.html

    La récession s’accélère en Grèce
    L’Autorité des statistiques grecques a publié mercredi 14 novembre des indicateurs alarmants pour le troisième trimestre, faisant état d’une contraction du produit intérieur brut (PIB) 7,2 % sur un an au troisième trimestre 2012. Ce chiffre marque une accélération de la récession après un recul de 6,3 % du PIB au deuxième trimestre, indique l’Autorité dans un communiqué.

    Le pays traverse sa cinquième année consécutive de récession, avec une chute cumulée du PIB estimée officiellement à 22 %.

    En déplacement en Malaisie, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a affirmé mercredi souhaiter une « véritable solution » à l’endettement astronomique de la Grèce, et non « une solution au rabais ».

    Soulignant une nouvelle fois sa volonté de voir la Grèce retrouver un niveau d’endettement viable, Mme Lagarde n’est pas revenue sur les divergences de point de vue avec la zone euro au sujet de la date à laquelle la Grèce devrait ramener son taux d’endettement public à 120 % du PIB. L’Eurogroupe envisage de la repousser à 2022, tandis que le FMI préfère conserver la date-butoir de 2020.

    La directrice s’est simplement félicitée que l’ensemble des partenaires du pays partageaient « les mêmes objectifs et le même souci » de permettre un assainissement des finances grecques.

  15. AttacReader dit :

    http://www.france.attac.org/articles/plans-de-sauvetage-de-la-grece-77-des-fonds-sont-alles-la-finance

    Plans de sauvetage de la Grèce : 77 % des fonds sont allés à la finance
    Publié le 21 juin 2013 – 14:19 par Attac France

    Une étude d’Attac montre que les «plans de sauvetage» mis en oeuvre par les institutions de l’Union européenne et les gouvernements européens sauvent les banques, pas la population.

    Depuis mars 2010, l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) ont attribué 23 tranches de financement au prétendu « sauvetage de la Grèce », pour un total de 206,9 milliards d’Euros. Ils n’ont cependant fourni presque aucune précision sur l’utilisation exacte de ces énormes sommes, provenant de fonds publics. C’est pourquoi Attac Autriche a entrepris une étude sur cette question : au moins 77% de l’argent du plan de sauvetage ont bénéficié directement ou indirectement au secteur de la finance.

    Les résultats en détails :

    – 58,2 milliards d’Euros (28,13%) ont servi à recapitaliser les banques grecques —au lieu de restructurer ce secteur trop grand et moribond de manière durable et de laisser les propriétaires des banques payer pour leurs pertes.
    – 101,331 milliards d’Euros (48,98%) sont allés aux créanciers de l’État grec. Parmi lesquels 55,44 milliards d’Euros ont été utilisés pour rembourser des bons du Trésor arrivés à échéance —au lieu de laisser les créanciers assumer le risque pour lequel ils avaient préalablement perçu des intérêts. 34,6 autres milliards d’Euros ont servi de prime d’incitation pour obtenir l’accord des créanciers sur le prétendu « allègement[1] » en mars 2012. 11,3 milliards d’Euros ont été affectés au rachat de la dette en décembre 2012, lorsque l’État grec a racheté des bons presque sans valeur à ses créanciers.
    – 43,7 milliards d’Euros (22,46%) ont alimenté le budget de l’État ou n’ont pu être clairement affectés.
    – 0,9 milliard d’Euros (0,43%) ont constitué la contribution de la Grèce au financement du nouveau fonds de sauvetage, le MES.

    Sources: http://www.attac.at/uploads/media/backgroundmaterial_bailout_english.pdf

    « Le but des élites politiques n’est pas de secourir la population grecque mais de sauver le secteur financier » conclut Lisa Mittendrein d’Attac Autriche. « Ils ont utilisé des centaines de milliards d’argent public pour sauver les banques et autres acteurs financiers —en particulier leurs propriétaires— de la crise qu’ils ont provoquée. »

    Les élites politiques ont trompé le public en affirmant prendre des « mesures de sauvetage »

    Les résultats du rapport d’Attac Autriche réfutent les affirmations publiques des institutions et chefs d’Etat européens, selon lesquelles c’est la population grecque qui a bénéficié desdits « plans de sauvetage ». C’est plutôt elle qui paie pour sauver les banques et les créanciers en subissant une brutale course à l’austérité, ainsi que les catastrophiques conséquences sociales que l’on sait.

    Des milliardaires et des fonds spéculatifs bénéficiaires des « sauvetages »
    Parmi ceux qui ont bien été sauvés, on compte le clan multimilliardaire Latsis, l’une des plus riches familles grecques, qui détient en grande partie l’Eurobank Ergasias sauvée par l’État (1). Des spéculateurs en ont aussi profité : lors du rachat de la dette en décembre 2012, le fonds spéculatif Third Point a empoché 500 millions d’Euros grâce aux fonds publics européens (2). « Quand Barroso, le président de la Commission européenne, a qualifié le prétendu plan de sauvetage de la Grèce d’acte de solidarité (3), la question est : solidarité avec qui ? », note Dominique Plihon, porte-parole d’Attac France et professeur d’économie financière à l’Université Paris 13.

    34,6 milliards d’Euros supplémentaires en paiements d’intérêts
    43,6 milliards d’Euros tout au plus (22,46%) desdites « enveloppes de sauvetage » ont été affectés au budget de l’État. Il faut cependant comparer ce montant à celui d’autres dépenses de l’État au cours de la même période, qui n’ont pas bénéficié à toute la population : plus de 34,6 milliards d’Euros ont encore été versés aux créanciers en paiement d’intérêts sur des bons du Trésor en attente (du 2e trimestre 2010 au 4e trimestre 2012 (4)). En outre, l’État grec a affecté une autre enveloppe de 10,2 milliards d’Euros au budget de la défense (2010 et 2011 (5)). Selon certains initiés, Berlin et Paris auraient pressé la Grèce de ne pas réduire ses dépenses militaires parce que cela aurait porté préjudice aux fabricants d’armes allemands et français (6).

    Ce n’est pas le premier renflouement des banques
    « L’étude de nos amis d’Attac Autriche prouve que le prétendu sauvetage de la Grèce s’avère être un autre renflouement des banques et des riches particuliers » affirme Dominique Plihon. Les banques européennes ont déjà reçu 670 milliards d’Euros de soutien direct de la part de l’État (hors garanties) depuis 2008 (7). Pourtant le secteur financier reste instable en Grèce comme dans toute l’Europe. Ce que démontre une fois encore le récent versement de deux tranches supplémentaires destinées aux recapitalisations des banques pour 23,2 milliards d’Euros depuis décembre 2012.

    Les élites politiques échouent à mettre en œuvre les régulations nécessaires…
    Les coupes de l’État grec ont frappé si fort les banques locales que l’État est contraint à s’endetter à nouveau pour voler à leur secours avec un renflouement d’un milliard d’Euros. « Au cours des cinq années qui se sont écoulées depuis le krach financier, les politiques européens n’ont pas réussi à réglementer les marchés financiers et à adopter un régime de faillite des banques. Aussi les contribuables sont-ils toujours contraints de venir en aide en cas de pertes, tandis que les propriétaires des banques s’en tirent en toute impunité. Les gouvernements doivent cesser de donner de telles opportunités de chantage au secteur de la finance » critique Dominique Plihon.

    … et volent au secours du secteur bancaire grec corrompu
    Ce qui est encore pire, c’est que les milliards du plan de sauvetage vont aux banques grecques, même si certaines d’entre elles ont recours à des méthodes douteuses pour remplir les conditions officielles d’éligibilité. En 2012, un rapport de Reuters a révélé les pratiques scandaleuses des banques utilisant un système de Ponzi basé sur des sociétés offshore pour donner un coup de pouce à des prêts non garantis de l’une à l’autre. Elles ont procédé de la sorte pour sembler être encore en mesure d’attirer des capitaux privés et répondre ainsi aux critères de recapitalisation par l’État (8). « Alors que les élites politiques grecques et européennes exigent le sang et les larmes du peuple grec, elles ferment les yeux sur les accords secrets entre les oligarques financiers, qui sont en fait les principaux bénéficiaires de l’argent du sauvetage accordé à la Grèce », confirme l’économiste Marica Frangakis, membre de l’Institut Nicos Poulantzas d’Athènes et membre fondatrice d’Attac Grèce.

    La manipulation opaque des fonds publics
    « Les résultats de l’étude d’Attac Autriche révèlent que, depuis 2008, le principal objectif de la politique de gestion de la crise de nos gouvernements est de sauver les fortunes des plus riches. Les élites politiques acceptent un énorme taux de chômage, la pauvreté et la misère pour sauver un secteur financier incurable. Le gouvernement autrichien a, lui aussi, participé à cette ligne de conduite inhumaine pendant des années », ajoute Dominique Plihon. Il est d’ailleurs inquiétant de constater que les responsables de la Troïka et du FESF rendent à peine compte de leur gestion des fonds publics. « C’est un scandale que la Commission européenne publie des centaines de pages de rapport mais ne parvienne pas à préciser où l’argent est exactement allé », explique Dominique Plihon. « Nous appelons les responsables à imposer une réelle transparence et à indiquer à qui profitent véritablement les paiements. »

    Le changement radical de politique se fait attendre
    Un changement de cap radical se fait attendre dans la politique européenne de gestion de la crise. « Nos gouvernements volent au secours des banques européennes et des riches à coups de milliards et de milliards de fonds publics tout en racontant à leurs électeurs que l’argent est versé à la population grecque. Cela doit cesser », revendiquent Dominique Plihon et Marica Frangakis. Les banques « too big to fail[2] » doivent être divisées et remises au service de l’intérêt public plutôt qu’à celui des profits privés. Les créanciers et les riches doivent payer leur part des coûts de la crise, tandis que le secteur financier doit être sévèrement réglementé. « Après les ravages de trois années d’austérité imposée, la Grèce a besoin, plutôt que d’enrichir l’oligarchie financière, de véritables mesures de secours qui profitent réellement à l’ensemble de la population ainsi que des mesures de financement pour le rétablissement de l’économie grecque », conclut Dominique Plihon.

    D’autres détails qui interpellent…
    En outre, l’enquête menée par Attac a mis en lumière plusieurs points qui interpellent dans le prétendu « plan de sauvetage de la Grèce » :

    – À plusieurs reprises, l’UE et le FMI sont revenus sur leurs déclarations et ont suspendu les versements promis pendant des semaines voire des mois pour faire pression sur la démocratie grecque : à l’automne 2011 pour empêcher la tenue d’un referendum sur la politique d’austérité ; en mai-juin 2012 pour augmenter les chances des partis amis de la Troïka lors des élections législatives. En suspendant les fonds promis, la Troïka contraint le gouvernement grec à émettre des obligations à court terme pour éviter la faillite imminente. Ces « bons du Trésor », arrivant à échéance en quelques semaines ou quelques mois, revêtent un taux d’intérêt plus élevé, ce qui augmente de fait la dette publique grecque. Une preuve de plus que la réduction de la dette n’est pas la principale préoccupation de la Troïka mais plutôt un prétexte pour poursuivre la destruction de l’État providence et des droits des travailleurs.
    – Une tranche d’1 milliard d’Euros versée en juin 2012 a essentiellement servi à financer la contribution obligatoire de la Grèce au remplaçant du FESF, le MES. Le FESF a ainsi financé son propre successeur —certes pas directement mais en accroissant la dette du gouvernement grec.
    – Klaus Regling, directeur général du FESF et du MES, a fait de nombreux allers-retours entre la politique et le monde de la finance au cours de sa carrière. Avant de rejoindre le FESF, il a travaillé tour à tour pour le gouvernement allemand, pour le fonds spéculatif Moore Capital Strategy Group, pour la Commission européenne comme directeur général aux Affaires économiques et financières, ou encore pour le fonds spéculatif Winton Futures Fund Ltd. Regling constitue ainsi un exemple symbolique de l’étroite imbrication des marchés financiers et de la politique, qui explique en partie pourquoi la politique de gestion de la crise de l’UE vise principalement à sauver le secteur de la finance.
    – Selon ses comptes annuels, la masse salariale du FESF s’élevait à 3,1 millions d’Euros en 2011 (9). Selon les médias, 12 personnes travaillaient cette année-là au FESF (10), soit une moyenne de 258.000 EUR dépensée par personne. Le directeur général Klaus Regling aurait gagné 324.000 EUR, plus un supplément de salaire par année (11). Ceux qui touchent de telles sommes contrôlent la réduction du salaire minimum brut mensuel grec à 580 EUR (510 EUR pour les jeunes) (12).

    Sources

    Tagesschau (2012) : Milliardenhilfen für den Milliardär, 4 juin 2012, http://www.tagesschau.de/wirtschaft/latsis100.html
    Der Spiegel (2012) : Schuldenrückkauf: Hedgefonds verdient halbe Milliarde mit Griechenland, 19 décembre 2012 / http://www.spiegel.de/wirtschaft/unternehmen/hedgefonds-verdient-halbe-m
    Commission européenne (2010) : Statement of President Barroso following his meeting with Mr Georgios Papandreou, Prime Minister of Greece, 6 décembre 2010 / http://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-10-730_en.htm
    Eurostat (2013) : Comptes non-financiers trimestriels des administrations publiques, 16 avril 2013 / http://epp.eurostat.ec.europa.eu
    (5) Eurostat (2013) : Dépenses des administrations publiques par fonction (CFAP), 16 avril 2013 / http://epp.eurostat.ec.europa.eu
    Transnational Institute (2013) : Guns, Debt and Corruption. Military Spending and the EU crisis, 14 avril 2013 / http://www.tni.org/briefing/guns-debtcorruption, p. 11f.
    Der Standard (2013) : Bankenrettungen kosteten EU-Staaten 670 Milliarden, 22 avril 2013 / http://derstandard.at/1363708829426/Bankenrettungen-kosteten-EU-670-Mill
    Reuters (2012) : Special Report: Clandestine Loans were used to fortify Greek bank, 16 juillet 2012 / http://www.reuters.com/article/2012/07/16/us-greecebanks-idUSBRE86F0CL20120716
    FESF (2011) : Financial Statements, Management report and Auditor’s report, 31 décembre 2011 / http://www.efsf.europa.eu/about/corporategovernance/annual-accounts/inde…, p. 37.
    CNBC (2011) : EFSF: CNBC explains, 20 octobre 2011, http://www.cnbc.com/id/44685464
    Die Welt (2012) : Fürstliche Gehälter: ESM-Chef verdient mehr als Bundeskanzlerin, 7 juillet 2012 http://www.welt.de/wirtschaft/article108056431/ESM-Chefverdient-mehr-als-die-Bundeskanzlerin.html
    OCDE (2013) : Salaires minimum à prix courant en monnaie nationale, 16 avril 2013 / http://stats.oecd.org/

    Traduit de l’anglais par Muriel Carpentier, Coorditrad.

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